Chercheurs, experts, et acteurs du monde agricole ont participé à un atelier dédié à l’agriculture intelligente (AIC) du 27 au 30 octobre 2024 à Bertoua.
Sensibiliser sur les enjeux de l’AIC et de promouvoir son adoption au Cameroun était l’objectif de l’atelier. En effet, si l’agriculture est un moteur de développement économique et social, elle est aussi l’une des premières victimes du changement climatique. Sécheresses, inondations, ravageurs et autres phénomènes météorologiques extrêmes qui se multiplient, réduisant les rendements agricoles et mettant en péril la sécurité alimentaire des populations.
« L’agriculture intelligente face au climat est une approche qui aide les personnes gérant les systèmes agricoles à faire face au changement climatique de manière efficace » confie le Prof. Elias Nukenine de l’Université de Ngaoundéré, organisateur de l’évènement.
Le Cameroun est confronté aux défis du changement climatique qui impactent fortement son secteur agricole. Pour y répondre, les anciens de l’Office Allemand d’échanges universitaires (DAAD), soutenu par des fonds du Ministère Fédéral de la Coopération et Développement Economique (BMZ) du gouvernement fédéral de la République d’Allemagne ont organisé un atelier réunissant des experts, des chercheurs et des acteurs de terrain autour du thème : l’agriculture intelligente face au climat au Cameroun : un élément important du développement durable.
L’agriculture climato-intelligente offre des solutions pour renforcer la résilience des systèmes agricoles face à ses défis. Cette approche repose sur trois piliers :
Accroître la productivité et les revenus des exploitations en favorisant l’adoption de techniques agricoles améliorées, adaptées aux conditions locales et au changement climatique ; renforcer la résilience des moyens de subsistance et des écosystèmes en diversifiant les cultures, en promouvant des pratiques agroécologiques et en préservant les ressources naturelles ; réduire et éliminer les émissions de gaz à effet de serre en adoptant des pratiques agricoles moins émettrices et en séquestrant le carbone dans les sols.
Une approche innovante
Au cours de ces trois jours, les participants ont échangé sur les meilleures pratiques en matière d’agriculture climato-intelligente. Ils ont partagé leurs expériences et identifié les leviers pour accélérer sa mise en œuvre au Cameroun.
D’après Lagarde Betti, Exploitant agricole à Bélabo, «L’AIC est une nécessité pour les agriculteurs, l’adopter c’est faire d’une pierre deux coups, mettre en place des systèmes résilients et s’adapter en même temps aux lois européennes qui donnent accès au marché européen».
Plus d’une vingtaine de présentations ont meublé l’atelier, entre autres : L’AIC comme stratégie de réduction des risques climatiques dans l’agriculture ; Aperçu des systèmes d’information climatiques ; Obstacle à l’adoption des pratiques CSA, facteurs influençant les décisions des agriculteurs d’adopter les pratiques de l’ASC.
Cet atelier s’inscrit dans une dynamique visant à faire de l’AIC un levier pour le développement durable du Cameroun. Les participants ont souligné l’importance d’une approche multidisciplinaire et inclusive pour réussir la transition vers une agriculture plus durable.
Jean Kana
« Plus la température augmente, plus les insectes ravageurs se développent »
Prof. Haman Tofel, Maître de conférences en entomologie agricole.
Nous avons constaté que les changements
climatiques ont un effet sur le développement des insectes ravageurs. Plus la température augmente, plus la croissance de ces insectes est importante. Ceci implique de nouvelles techniques de résilience. Si nous voulons mitiguer ces effets du changement climatique, il faut trouver d’autres moyens pour minimiser le développement où les dégâts causés par les facteurs biotiques ou abiotiques sur le développement. Les paysans doivent utiliser les moyens de lutte biologiques contre les ravageurs et des bio fertilisants pour l’agriculture.
« Nous gagnons à avoir une agriculture sans déforestation »
Pr. Lagarde Betti, Exploitant agricole à Belabo.
Le problème en ce moment c’est la déforestation, si nous pouvons avoir une agriculture qui nous
permet de produire sans déforestation, c’est nous qui gagnons. L’autre chose, ce sont les lois de l’Union Européenne qui conditionnent maintenant les exportations à la non déforestation. Pour continuer à exporter vers l’Union Européenne, nous devons nous conformer. Identifier les éléments qui facilitent la conciliation des objectifs de maximisation de la production avec les objectifs de conservation de la biodiversité permet de mettre un système résilient sur pied dans son exploitation.
Notre objectif est de faire connaitre l’Agriculture climato intelligente et déconstruire les préjugés autour
Professeur Elias Nukenine, aluni du DAAD (Office allemand d’échanges universitaires, une organisation qui octroie des bourses d’études en
Allemagne), enseignant au Département des sciences biologiques de la Faculté des sciences de l’Université de Ngaoundéré.

Qu’est-ce que l’Agriculture climato intelligente ?
Il s’agit d’une variante de l’Agriculture dont les approches se veulent plus résilientes face aux changement climatiques (réchauffement) et qui repose sur 3 piliers dont, la mitigation des gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements et l’amélioration de la sécurité alimentaire. Pour se faire quelques pratiques et techniques sont privilégiées dont l’usage de variétés tolérantes à de faibles précipitations et adaptées aux zones agroécologiques (le manioc par exemple), l’irrigation et la diversification des cultures entre autres. De façon élémentaire, il s’agit de privilégier une observation régulière du temps et du climat, recourir à des spéculations à forte capacité d’adaptation, diversifier les cultures et faire recours à l’irrigation.
Quels objectifs visez-vous en organisant cet atelier ?
Présentement, il s’agit de faire connaitre l’Agriculture climato intelligente et déconstruire des préjugés autour, en sensibilisant et éduquant des cibles précises comme les institutions de tutelle, les médias, des universitaires, des ONGs, des associations et surtout des producteurs. A moyen terme, il s’agira les familiariser à la technologie (ses principes et ses bases) qui accompagne cet Agriculture, voire partager l’expérience des autres pays africains (Ghana, Ethiopie, etc.) qui ont réussi à mobiliser les financements nécessaires et cruciaux à une implémentation optimale de l’ACI. Puis il sera nécessaire d’implémenter des projets pilotes, dans l’Adamaoua par exemple vu notre proximité géographique. En somme, à court terme il s’agit d’attirer l’attention sur l’ACI, à moyen terme de faciliter une implémentation pilote par le gouvernement et à long terme faire une mise à échelle nationale.
Quelles actions concrètes pensez-vous qu’on devrait promouvoir en priorité sur le terrain ?
Nous pensons que c’est une construction inclusive. Toutefois, on pourrait commencer par la sensibilisation et la formation des petits producteurs ensuite passer à l’octroi de prêts voire de subventions, question pour eux d’expérimenter et se familiariser de façon pratique aux techniques de l’ACI.
En tant qu’alumni du DAAD, quel est votre apport dans cette dynamique ?
Nous avons initié et organisé cet atelier qui est un premier pas pour sensibiliser les acteurs. Dans la suite immédiate, nous prévoyons de mobiliser des acteurs pour constituer des pôles dans les régions de l’Adamawa et de l’Est en espérant une coopération franche entre ces pôles car la synergie est la chose la moins aisée. Après cette étape, nous pourrons les outiller avec des capteurs simples pour détecter des écarts de températures ou de précipitations, ce qui sera une évidence plus palpable du changement climatique sur lequel on pourra s’appuyer pour mieux développer la sensibilité des producteurs.
Propos recueillis par
Kevin Boucheke

