Cameroun : Cacaoyers et arbres d’ombrage font bon ménage

Dans leurs plantations à Minkama par Obala à 40 km de Yaoundé, Jovit Faustin Ambomo et Aimé Thierry Nga inspectent minutieusement les cacaoyers qui croissent sous de grands arbres. Tout va bien dans leurs vergers agroforestiers tant que l’ombrage est bien réglé.

Questionnez-le au sujet de l’agroforesterie et Jovit Faustin Ambomo, cacaoculteur et fils de cacaoculteur vous dira qu’il s’agit de la plantation raisonnée d’arbres dans le champ.
Natif d’Evodoula dans la Lékié et actuellement Président du Conseil de Gestion (PCG) de la Société Coopérative simplifiée des Planteurs Certifiés de Minkama (SOCOPLACEM), il a grandi avec le cacao. Il sait depuis toujours qu’on plante des arbres dans la cacaoyère.
« J’ai compris pourquoi les parents plantaient les arbres tels que l’avocatier, le safoutier, le manguier, le bitter kola et les bananiers dans le champ de cacaoyers » déclare-t-il.
Ces associations révèlent l’agroforesterie qui met en évidence la diversification des revenus et l’augmentation de la production de cacao grâce à une gestion intégrée de la fertilité du sol.

Maximiser les revenus
Aimé Thierry Nga, cacaoculteur et membre de la SOCOPLACEM, attire l’attention sur certains arbres qui favorisent le développement de la pourriture brune. Le colatier, l’Assass et l’Odou qui sont des hôtes pour les insectes ravageurs ne sont pas les bienvenus dans la cacaoyère. En outre, ils font concurrence au cacaoyer dans la consommation en eau et nutriments du sol.
Les formations en bonnes pratiques agricoles organisées par le Projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire (GIZ-ProCISA) en coopération avec le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) et financées par la Coopération allemande, ont aidé les membres de la coopérative à maximiser au mieux leurs revenus dans la filière.
Tous les safoutiers, manguiers, avocatiers, palmiers et corossoliers qui pavoisent les plantations de Minkama sont systématiquement taillés à la base pour laisser le cacaoyer s’épanouir sans pression fongique.

 

Mon safoutier me donne plus d’argent que le cacao
Jovit Faustin Ambomo, cacaoculteur, président du conseil de gestion de la SOCOPLACEM.

Je ne garde que les arbres utiles dans ma cacaoyère. J’ai un Sapelli en champ. Je l’entretiens jalousement. Le pied de djansan et le safoutier me donnent plus d’argent que le cacao. Quand les safous sont matures, je n’ai pas moins de 100.000 FCFA par cueillette. Pourtant je ne fais aucune dépense pour entretenir l’arbre, en dehors de faire la taille sur les branches inférieures.

 

Bien doser les arbres dans le verger
Aimé Thierry Nga, cacaoculteur à Minkama.

Le cacaoyer est un arbre un peu compliqué. Il a besoin en même temps du soleil et d’ombrage. Il faut donc savoir doser les arbres dans le verger. Les manguiers ne sont pas hauts en taille. J’ai opté de les planter au bord du champ pour éviter que leur abondant feuillage ne crée de l’humidité excessive dans la cacaoyère.

 

L’agroforesterie réhabilite les espaces dégradés
Emmanuel Boyomo, agronome, formateur et encadreur dans la filière cacao.

Qu’est-ce que l’agroforesterie?
L’agroforesterie comme technique est l’action de produire de manière durable et intelligente sur un même espace les cultures pérennes et annuelles dans un environnement sain. On peut aussi y pratiquer l’élevage si les animaux élevés se sont pas des ravageurs d’une culture mise dans l’association ou inversement.

Comment s’applique l’agroforesterie dans la cacaoyère ?
En fonction du bassin de production et des besoins du cacaoculteur, le nombre d’arbres à mettre en association avec le cacaoyer sera fonction des espèces d’arbres retenus. Généralement, plus l’arbre a tendance à concurrencer le cacaoyer en termes d’ombrage et de besoin en eau et nutriments, plus sa densité sera réduite.
Si le cacaoculteur choisit d’avoir plus d’arbres fruitiers que de bois d’œuvre ou de chauffe, le nombre d’arbres en association sera plus élevé et le nombre de pieds de cacaoyer sera réduit.

Quels sont les avantages de cette pratique ?
La pratique de l’agroforesterie permet non seulement d’intensifier mais aussi d’étendre les superficies sans déforestation, en réhabilitant les forêts dégradées et les savanes. Le cacaoculteur met les arbres en association dans l’objectif de diversifier ses sources de revenus et de sauvegarder la biodiversité.

Propos recueillis par
Marie Pauline Voufo

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