Cameroun : Ce qui justifie la hausse du prix du cacao

On assiste à une campagne cacaoyère 2023-2024 inédite au Cameroun. Le prix du kg aux producteurs s’est affolé, passant de 1480 FCFA à la clôture de la dernière campagne cacaoyère 2022-2023, à 4225 FCFA en mars 2024. L’Etat s’en félicite. Les cacaoculteurs se frottent les mains et souhaitent que l’embellie perdure.

Le mois de mars 2024 restera gravé dans la mémoire des acteurs du secteur cacao au Cameroun. La barre de 4000 FCFA le kilogramme au producteur a été franchie. Chose jamais vécue dans le secteur. Lors des deux précédentes campagnes cacaoyères, le prix au producteur était respectivement de 1290 FCFA et 1480 FCFA.
Récemment, au cours d’une vente groupée réalisée le 5 mars 2024 à Abong-Mbang dans la région de l’Est du Cameroun, les organisations de cacaoculteurs ont cédé leur cacao au plus offrant à 4225 FCFA le kg, selon un communiqué publié le 6 mars 2024 par le Ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
En date du 5 mars 2024, le prix CAF du kg du cacao sur le marché international à Londres était à 4474 FCFA. A la fin du mois, le 28 mars, il culminait à 6337 FCFA alors qu’en début de campagne au mois d’août 2023, le kg de fèves se négociait à Londres à 2184 FCFA et à 1600 FCFA à Douala (cf. tableau des tendances de l’ONCC ci-contre).

Cacao de qualité

« L’augmentation du prix du cacao observée sur le marché en mars 2024 est le couronnement de plusieurs années de travail dans le sens de l’amélioration de la qualité de la fève camerounaise. Nous avons réussi à éliminer la décote qui pesait sur notre cacao. Depuis juin 2023, le Cameroun est entré dans la liste très restreinte des producteurs du cacao fin» déclare Dr Olinga Narcisse Ghislain, Co-président de la Plateforme cacao durable au Cameroun et Sous-Directeur du Commerce extérieur au Ministère du Commerce à Yaoundé.
Bien que le travail de suivi-accompagnement des producteurs par l’Etat et les opérateurs privés du secteur cacao depuis plusieurs années à travers les primes sur la qualité, soit appréciable, ce travail ne justifie pas à lui seul la flambée actuelle du prix du cacao.
Le Cameroun, 3ème producteur mondial du cacao après la Côte d’Ivoire et le Ghana profite de la baisse drastique de la production cacaoyère enregistrée cette année chez les 2 premiers pays producteurs. Les experts attribuent cette baisse jamais enregistrée, aux effets néfastes des changements climatiques qui ont frappé de plein fouet les cacaoyères ivoiriennes et ghanéennes la plupart sont vieilles et fragilisées par le système de monoculture.
Le cacao camerounais est par contre une culture de sous-bois pratiquée en agroforêt où les cacaoyers ont de quoi amortir les chocs climatiques pendant la campagne.
« Il y a aussi le système de commercialisation libéralisée et groupée avec une réduction des intermédiaires, qui permet aux producteurs camerounais de tirer avantage du prix sur le marché international», explique Dr Olinga.
En Côte d’Ivoire et au Ghana le marché est régulé par l’Etat qui a convenu du prix de 1000 FCFA le kg avec les producteurs en début de campagne. C’était sans compter avec la baisse de la production et l’incapacité à satisfaire les commandes qui s’ensuit.

Baisse de la production ivoirienne de cacao

La tension sur le marché est grande. Il y a une concurrence féroce pour l’acquisition de la fève. Les exportateurs sont preneurs de fèves à tout prix, pour satisfaire et fidéliser leurs clients. Que serait l’industrie agroalimentaire sans la fève de cacao?
Au Cameroun, l’incertitude plane sur la transformation artisanale locale.
Le 17 mars dernier, le prix de 5100 FCFA le kg a circulé comme ayant été enregistré à Ndelele dans la région de l’Est. Cette information en a rajouté à l’euphorie. Mais en mars, il n’y a presque plus de cacao en champ.
Les cacaoculteurs camerounais dont la plupart ont vendu leur cacao à plus de 3000 FCFA le kg cette année, sont très satisfaits du comportement du marché. Mais ils souhaitent voir perdurer cette tendance haussière à la prochaine campagne qui commence en août 2024.
Tout porte à croire que tant que la production ouest africaine sera en baisse, le prix de la fève flambera.

Marie Pauline Voufo

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