Cameroun : Cécile Djune, jeune femme leader dans les semences de pomme de terre

Jeune et dynamique, Cecile Djune Tedongue est une productrice dans les Bamboutos à l’Ouest du Cameroun, de semences de pomme de terre certifiées par le MINADER. Une culture qu’elle a apprivoisée grâce à l’accompagnement du Projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire (ProCISA).

« Les gens se demandent comment une jeune fille a pu devenir patronne d’une ferme agricole de cette envergure. » affirme Cécile. De 2020 à 2023, Cécile Djune est passée de cultivatrice
de pomme de terre de consommation issue du « tout-venant », à entrepreneure agricole spécialisée en production de semences de pomme de terre certifiées par le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER).

Le tournant de son parcours, dit-elle, est la formation au métier de semencier professionnel de pomme de terre, reçue au Centre Polyvalent de Formation (CPF) de Mbouo par Bandjoun à l’Ouest du Cameroun où elle est sortie lauréate en 2022. Cette formation subventionnée par la Coopération allemande (GIZ), à travers le projet ProCISA, a permis aux apprenants de bénéficier gratuitement du renforcement de leurs capacités en techniques de production et de gestion des semences de pomme de terre.

« L’essentiel de ce que je sais aujourd’hui sur les semences de pomme de terre vient de notre formation en production semencière au CPF. Je sais désormais ce qu’est la semence et quelle est son importance. Je sais produire les semences de pomme de terre de prébase et de base par la technique des boutures apicales racinées. » affirme-t-elle avec fierté. Son activité de production semencière est déclarée auprès du MINADER qui la fait suivre par deux agents inspecteurs à chaque cycle de production.

Efficace et déterminée
A Bangang, son village dans le département des Bamboutos où elle se déploie, Cécile Djune est connue pour ses semences de pomme de terre de qualité. Elle est déterminée à en finir avec les mauvaises semences appelées « tout-venant » qui sont le lot de la plupart des producteurs. L’Association Nationale des producteurs Semenciers professionnels de la Pomme de terre du Cameroun (ANASEPTCAM) a fait d’elle sa Secrétaire générale adjointe. L’un de ses encadreurs, Idriss Gabriel Nyebe Mvogo, Chef d’Antenne ProCISA à l’Ouest et au Nord-Ouest, apprécie sa bonne gestion des appuis reçus. En effet, le projet ProCISA a doté Cécile Djune d’un magasin de stockage des semences de pomme de terre d’une capacité de 2 tonnes de tubercules construit avec l’appui technique des experts du Centre International de la Pomme de terre et Patate douce (CIP) et d’une balance électronique d’une capacité de 600 kg.

Elle dispose aussi de kits d’analyse du sol pour voir s’il est propice à la culture de la pomme de terre. Elle a en projet d’aménager une serre privée pour la multiplication des semences dans son exploitation. « Je travaille seule et non en groupe, mais j’ai beaucoup impacté mon entourage. Je n’hésite pas à échanger sur mon parcours avec ceux qui se rapprochent de moi » affirme Cécile. Elle renchérit : « Je me considère comme un produit de la GIZ, j’ai été presque fabriquée par le projet ProCISA. »

La production des pommes de terre de variétés Dosa, Panamera, Rainbow et Noya n’a plus de secret pour elle. A la question de savoir ce que lui rapporte l’activité semencière, la jeune femme sourit et déclare : « J’ai une idée de ce que je gagne en tant que semencière, mais je préfère ne pas me prononcer sur ce point. »

Un exemple de réussite
Pour son encadreur au ProCISA, Cécile Djune est un exemple de réussite au vu de sa maîtrise de l’itinéraire technique de production des semences de base de pomme de terre, et à son ascension sociale à travers la reconnaissance de ses pairs de l’interprofession comme actrice de poids de l’ANASEPTCAM. Malgré cette trajectoire exceptionnelle, Cécile Djune reste humble et modeste. « C’est vrai que j’ai déjà fait beaucoup de choses, mais je ne me considère pas comme une personne qui a réussi. Je suis plutôt en voie de réussir » précise-t-elle. Ce d’autant plus que les difficultés
demeurent sur le terrain, surtout le manque de main d’œuvre qualifiée et sérieuse, ainsi que l’indisponibilité des terres.

Pour contrer le défaut de main d’œuvre, Cécile a mécanisé certaines tâches de production, en louant les services d’un motoculteur pour le labour afin d’aller plus vite. Mais, les autres travaux restent manuels. Agée d’à peine 25 ans, elle voudrait augmenter ses infrastructures, acquérir de nouveaux espaces de production immatriculés à son nom et non plus en les louant, afin d’étendre la
production de bonnes semences de manière sécurisée au-delà de son Bangang natal.

Marie Pauline Voufo

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