Cameroun : Comment se préparer pour rentrer au village

Si un jeune ambitionne de s’installer en milieu rural pour faire de l’agriculture son projet de vie, il doit se préparer.

La phase de préparation est importante à plus d’un titre. Elle donne l’occasion au jeune de :  Toucher du doigt quelques réalités du monde de production qui l’attend, porter un regard différent et intéressé sur la ville qu’il est supposé quitter et le village qui est supposé l’accueillir,  avoir une idée des pratiques culturales, avoir un aperçu de son environnement de production et de ses potentiels partenaires. Toutes choses qui lui permettront de prendre une bonne décision.

Visites et découvertes
Avant de quitter la ville, le jeune a intérêt à avoir une idée de tout ce qui s’y passe, principalement sur le domaine agricole, les possibilités d’appui, d’information et de formation, en passant par la connaissance des marchés et autres formes de commercialisation des intrants agricoles. Visiter et comprendre le fonctionnement des ministères en charge du monde rural. Exemples : Ministère de l’agriculture et du développement rural (MINADER), Ministère de l’élevage, des pêches et
des industries animales (MINEPIA).
Au-delà de comprendre leur organisation et leur fonctionnement, le jeune doit chercher la bonne
information les projets et programmes logés dans ces ministères sectoriels afin de connaître les
différentes formes d’appuis et d’encadrement des producteurs.

Visiter et comprendre le fonctionnement des bibliothèques agricoles, afin de comprendre quels
types de documentations sont mis à la disposition des entrepreneurs ruraux et à quelles conditions,
Exemple: Centre de documentation pour le développement rural (CDDR) à Yoounde.

Visiter des organes de presse spécialisés sur le développement rural et au besoin, prendre un abonnement. Lire la presse agricole permet d’avoir l’information utile pour entreprendre dans le monde rural.

Visiter et comprendre le fonctionnement des marchés des produits vivriers de la ville. Exemple :
marchés Mokolo et Mfoundi à Yaoundé, marché Sandogo à Douala. Dans ces marchés, le jeune doit approcher des grossistes pour échanger avec eux et voir dans quelles conditions les produits agricoles sont vendus et comment leurs prix sont négociés. Cette démarche vise à permettre ou futur producteur d’avoir une idée des difficultés que pourra rencontrer sa production, ou les chances que celle-ci aura pour se vendre. Il comprendra par la même occasion que vendre est un métier, comme produire est un autre.

Visiter des établissements agréés dans la vente des intrants agricoles.

Visiter et comprendre le fonctionnement des structures de recherche proches de vous. Il importe que le futur producteur aille dans l’agence de l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) la plus proche de lui pour prendre connaissance des services et des semences disponibles.
En effet, le jeune pourra faire face aux problèmes de semences, les vraies, les certifiées. Il vaut mieux pour lui de se renseigner auprès de l’IRAD qui, non seulement lui donnera le bon conseil, mais lui communiquera la disponibilité des semences et même l’adresse de ses services les plus proches où il peut facilement se ravitailler.

Rencontrer et échanger avec des personnes expérimentées en matière agricole et de développement rural. Exemples: agronomes, techniciens et conseillers agricoles, entrepreneurs ruraux

Connaissance du village et de la zone d’implantation de l’exploitation
Connaissance du village
Se rendre ou village pour chercher à comprendre le fonctionnement et les rouages du village : ses cercles de pouvoir et de décision, ses espaces socioculturels, espaces économiques, son système foncier, etc. Rencontrer et échanger avec les producteurs sur leurs activités champêtres, leurs difficultés et leurs conditions de vie. Se renseigner sur les possibilités de ravitaillement en intrants au village. Prendre connaissance de son éventuel lieu de résidence. Identifier les potentiels alliés dans la perspective de la création d’une organisation paysanne.

Connaissance de la zone d’implantation de l’exploitation
– Distance à parcourir pour arriver au champ, difficulté d’accès :
Relief, végétation, cours d’eau, type de sols, etc.
– Espace disponible : superficie effective et possibilité d’agrandissement.
Degré de sécurité du foncier: titre de propriété ou non. Éviter cet exercice c’est vouloir éviter de regarder la réalité en face, car le village c’est une réalité très différente de la ville. Le village c’est une autre vie, pour certains cas, une vie sans électricité, sans téléphone, sans occasion de regarder Champions, c’est prendre son bain dans un cours d’eau, c’est parfois des feuilles vertes comme
papier hygiénique. Il faut choisir et pour choisir, il faut connaître, en allant voir sur place afin de prendre sa décision

Prendre sa décision
Après la phase d’enquêtes et d’investigations, le jeune est à même de savoir si oui ou non il veut s’installer au village. Un jeune bien préparé a plus de chance de réussir au village. En connaissance de cause. S’il prend la décision d’aller au village pour mener des activités agricoles, il y a d’autres préalables, la compréhension des types d’activités agropastorales qu’il pourra mener au village et la formation qu’il doit avoir.

La formation
Aux jeunes, il est conseillé de se former selon les opportunités de production ou de marché. Le cœur de la réussite réside donc dans la gestion des opportunités. Pendant longtemps, on a voulu faire croire que le secteur agricole est un fourre-tout, une poubelle où on jette tous les rebuts de la société. Que non, l’agriculture est un métier. Et comme tel, ça ne cohabite pas avec l’amateurisme. Pour réussir en agriculture il faut connaitre ses techniques.
Le jeune qui choisit donc la culture du cacao, du manioc ou du plantain, l’élevage de poulet, de porc ou de chèvre, ou tout cela à la fois, doit apprendre les techniques y afférentes. Le meilleur endroit pour le faire ce n’est pas seulement de passer par un séminaire ou un centre  formation spécialisé, mais c’est aussi d’aller séjourner chez un producteur expérimenté et professionnel dans le domaine d’activité choisi par le jeune. Négliger la formation peut être préjudiciable pour le futur entrepreneur.

Les unités agricoles
On peut classer en 6 unités de production les différents types dans d’activités agropastorales lesquelles peut s’engager un jeune entrepreneur rural. Ces unités de production sont subdivisées en
3 unités agricoles et trois unités d’élevage :
– Le champ traditionnel ou vivrier ou  exploitation familiale : c’est un champ qu’on peut créer sur 1/2 hectare ou 1 hectare dans lequel on plante plusieurs cultures (maïs, macabo, Igname, haricot…). Il permet à l’entrepreneur de se nourrir.

– Le champ commercial : on peut le faire sur plusieurs hectares et planter des cultures de rente : cacao, café, palmier à huile, hévéa, gomme arabique, etc. En zone forestière, on associe avec succès le bananier plantain aux jeunes cacaoyers et palmiers.

– Le champ d’opportunité : c’est un champ de cultures annuelles ou saisonnières qui permet de faire plusieurs opérations ou cours de l’année. On calcule la période de culture et aussi de vente favorable avant de s’y lancer. Il peut s’agir de la tomate, du maïs, du piment, du gombo, etc. Ce type de champ peut être créé à partir de la 2ème voire 3ème année, le temps pour le jeune d’identifier les points de vente idéals.

Les unités d’élevage
Elevage traditionnel : le jeune peut avoir dans sa cour ou derrière sa case 1 porc ou quelques poules qui accompagnent son agriculture traditionnelle et l’aident à se débarrasser des déchets de cuisine..

Elevage commercial : c’est le cos des poules pondeuses qu’on conduit sur une longue période de 18 mois en moyenne.

Elevage d’opportunité : dans ce cas, le jeune calcule la période favorable à la vente. C’est le cas des poulets de chair pour la vente pendant les périodes de grandes fêtes. On fait l’élevage d’opportunité quand on a déjà l’expérience et que l’on maitrise déjà les circuits de commercialisation et son environnement.

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