Cameroun : Des milliers d’hectares de forêts détruits par ennoiement à Lom Pangar

Suite à la mise en eau partielle du  barrage hydroélectrique de Lom Pangar  en 2015, la montée des eaux ne cesse de faire des ravages dans cette localité de la région de l’Est Cameroun. Enquête dans cette zone à risque où survie rime avec angoisse, peur et incertitude. Lire tout le dossier ici.

Une vaste étendue d’eau sépare les villages issus de la localité de Deng Deng aux campements de pêche côté Lom et côté Pangar dans la région de l’Est Cameroun. Du débarcadère de Ouami au campement de pêche de Kaïkaï, un voyage en pirogue sur 30Km permet d’observer de près le phénomène d’ennoiement des forêts denses humides, dites primaires au sein et autour du Parc National de Deng Deng.

Des troncs d’arbres disposés dans tous les recoins du lac. Dépouillés de leurs feuillages, des arbres de 3m de long se battent encore pour survivre. Semblables à des poteaux électriques de par leur couleur, ceux-ci crient à l’aide. Certains se noient tandis que d’autres ont fini par déposer les armes.

Leurs dépouilles flotent au-dessus de l’eau.Les vagues du lac quant à elles sont remplies de débris de bois. Le paysage est triste. «Nous bénéficions d’une forêt dense avant la construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar. Aux termes des travaux, l’eau n’a cessé de monter et tous ces milliers d’arbres couchés à même le sol sont morts par asphyxie car, déracinés par la montée des eaux» déclare Bakary, riverain du village Lom Pangar.

 36 100 ha de forêts détruites

De 969 000 ha avant les travaux du barrage à 932700 ha en 2018 d’après le Global forest watch, il s’agirait de près de 36 100 ha de forêts détruites par ennoiement et défrichage. De 5739 hectares en décembre 2013 à 38 235 ha en février 2019 d’après les résultats de l’étude sur les changements du couvert forestier de la localité de Deng Deng réalisé par le SAILD, les cours d’eau dans la zone ne cessent de s’élargir. La perte du couvert forestier s’étend sur près de 361km2, équivaut d’après le Global Forest Watch à une baisse de 3,7% dans la zone depuis l’an 2000. Une perte du couvert forestier plus élevée que celle de la zone urbaine de Yaoundé qui est de 183 km2.

Un phénomène qui prend de l’ampleur à tel point que la borne installée par l’entreprise publique locale dénommée Electricity Development Corporation (EDC) a été débordée de 15m. «la borne qui délimitait le niveau d’ennoiement causé par le barrage de retenu n’est plus visible. Elle-même, noyée. Et c’est chaque année que l’eau ne cesse d’avancer vers les villages» se lamente Bakary.

Trois pêcheurs du village Lom Pangar en pleine activité ont été retrouvés morts en 2019 suite à l’ouverture des vannes. D’autres pêcheurs décèdent également sous le poids d’arbres noyés. «L’heure est grave. Nous vivons la peur au ventre. La seule alternative que nous avons face à une montée inquiétante d’eau près de nos maisons est de fuir», déclare une habitante de Lom Pangar village. 

Les petits cours d’eau s’élargissent autour de Lom Pangar

Les petits cours d’eau d’antan ne sont pas en reste. L’inondation se fait aussi ressentir du côté de Déoulé à quelques kilomètres du village Lom Pangar. «Les petits cours d’eau qui nous arrivaient au niveau des genoux, nous avalent de 10 m de plus. Nous les traversions auparavant à pieds pour accéder à nos petits champs en forêt. Actuellement il faut emprunter une pirogue pour aller d’une localité à une autre», observe Guy Bassoung, autochtone de Deng Deng.

La montée des eaux inquiète les populations. Face à un climat très chaud, l’apparition de moustiques, d’insectes et l’augmentation du taux de paludisme, les riverains ne savant plus à quel saint se vouer.

 Sonia Omboudou

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