Cameroun : Etre astucieux pour ne pas perdre sur la mangue Palmer

De nombreux commerçants de la mangue Palmer peinent à faire des bénéfices. En pleine saison, le fruit se fait rare. Quand il est visible, il est de mauvaise qualité.

Au carrefour Mvog-Mbi, une centaine de grosses mangues exposées sur un porte tout attire l’attention des usagers et visiteurs de ce coin grouillant de la ville de Yaoundé dans la région du Centre. Elles sont colorées d’un vert attrayant teinté de rouge.
Tout à côté, se tient Bertrand Nomo, un homme d’une cinquantaine d’années, il pèle des mangues et les ensache. C’est la mangue Palmer, une variété issue des régions septentrionales du Cameroun.
La montre affiche huit heures. Pour le commerçant, la journée a débuté depuis une trentaine de minutes. Il laisse venir les clients à lui, c’est la saison et le fruit est préféré des consommateurs.
Le sourire et l’accueil réservés aux clients par le commerçant prédisent à première vue de bonnes affaires dans l’activité. Cependant Bertrand dénonce certaines difficultés d’approvisionnement notamment la pénurie du fruit et son coût élevé cette année.
«J’ai fait deux semaines à la maison, faute de marchandise. D’après les grossistes la pénurie est liée à la forte demande venue des pays voisins notamment la Guinée et le Gabon. Ils payent bord-champ et cher. Aujourd’hui, le sac de cent kilogrammes coûte 40 000F CFA alors que l’année dernière il coutait 30 000F CFA», déplore Bertrand.

Mangue à la qualité douteuse

La ruée des pays voisins sur la mangue Palmer ne fait pas l’affaire des commerçants locaux. Outre le prix élevé, ils font également face à la mauvaise qualité du fruit. Selon Abbo un consommateur de Maroua, la mangue Palmer est cueillie prématurément par les producteurs qui subissent la double pression des acheteurs et des voleurs.
Bertrand constate également ce fait et renchérit, «Le fournisseur m’a servi deux sacs de mangues pour un montant de 90 000 F CFA il y a deux jours, j’ai avancé la moitié dans l’espoir de vendre et solder son argent. En dépouillant les sacs je constate que les mangues n’ont pas atteints la maturité et certaines sont de mauvaise qualité », déplore-t-il. Bien que les prix varient entre 100 et 200 F CFA pour les plus gros fruits, Bertrand pressent d’énormes pertes et espère tout au moins recouvrir le prix d’achat.

Il est 11 heures, Bertrand est à moins de 20 000F CFA de recette depuis deux jours, mais avec plus d’une dizaine de mangues classées pour cette matinée.
La journée s’écoule, les ventes ne sont pas bonnes. Pas de pause déjeuner, il se permet quelques portions des mangues qu’il commercialise. Bertrand reçoit un client après trente à cinquante minutes voir des heures. Quelques fois, il rate la vente par manque de monnaie, un problème quotidien.

Mauvaises ventes
15 heures, c’est la fin de journée. Bertrand Nomo est déçu, il n’a pas atteint ses objectifs de vente. Vingt clients pour 7000F CFA sur une marchandise d’environ 70 000 F CFA. Il espérait écouler plus pour pouvoir épargner et rembourser sa dette. Pas question de pleurer le marché de la mangue Palmer a ses propres réalités. L’essentiel est la ration du lendemain qu’il a pu obtenir pour la maison.

Sharon Maché

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