Cameroun : Gilbert Bambé, leader paysan camerounais des années 90, est décédé

Il s’est éteint ce 22 février 2024. Gilbert Bambé, leader paysan des années 90 dans l’Extrême-Nord du Cameroun, ex-député du Mayo-Kani sud s’en est allé des suites de maladie. La terre de Touloum son village, s’est refermée sur lui ce même jour où il a été aussitôt inhumé. Fermant ainsi la page d’une vie riche d’enseignements pour ceux qui pouvaient encore douter du leadership paysan. Il s’en va en paix.

Coïncidence pour coïncidence, Gilbert Bambé, paysan à l’Extrême-Nord du Cameroun, homme politique et ancien député à l’Assemblée Nationale du pour le Mayo-Kani de 1997 à 2002, décède le 22 février 2024. Sa mort intervient un jour après le 3ème anniversaire du décès de son grand ami et compagnon de lutte, Bernard Njonga, homme politique et défenseur des paysans, parti le 21 février 2021.

La maladie a eu raison de cet sexagénaire intrépide qui aura contribué à donner ses lettres de noblesse au mouvement paysan camerounais et de l’Extrême-Nord en particulier. Gilbert Bambé a eu une trajectoire bien remplie, aux côtés de grands hommes qui ont marqué le développement rural du Cameroun.

Fondateur du CROPSEC

Le Président fondateur du Conseil Régional des Organisations de la Partie Septentrionale du Cameroun (CROPSEC) la plus importante organisation paysanne du grand nord Cameroun n’a de cesse témoigné de ce que le tournant de sa vie de paysan s’est opéré avec sa rencontre avec l’illustre Bernard Njonga, fondateur du Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) et du journal La Voix Du Paysan.

Sa dernière interview à La Voix Du Paysan célèbre son amitié avec son grand ami Bernard Njonga qu’il rejoint dans l’au-delà 3 ans après. Les enseignements et leurs rêves communs pour l’émancipation du monde rural restent  d’actualité.

Marie Pauline Voufo

Dernier entretien de La Voix Du Paysan avec Gilbert Bambé
Bernard Njonga m’a sauvé la vie par trois fois

Dans quelle circonstance avez-vous connu Bernard Njonga ?

J’ai fait la rencontre de Bernard Njonga vers la fin des années 80. Encore très jeune, il venait de démissionner de la fonction publique et s’était lancé dans le développement rural à travers l’ONG SAILD (Service d’Appui Aux Initiatives Locales de Développement, Ndlr). C’est donc dans le cadre des actions de cette ONG, qu’il vient à nous à Doukoula, afin de nous sensibiliser sur l’intérêt que nous avions à mettre en place des organisations paysannes et à initier des actions de lutte contre la famine, un fléau qui était aux portes de l’Extrême-Nord. Il nous a conseillé la création des banques de céréales et la mise en place des mécanismes d’épargnes. Ses idées nous ont tout de suite convaincu parce qu’elles apportaient des solutions concrètes aux problèmes auxquelles nous étions confrontés. Nous nous sommes donc engagés à relayer sa philosophie auprès de la population de l’Arrondissement de Touloum et de ses environs. Des GIC et des fédérations ont ainsi vu le jour et notre dynamisme l’a emmené à nous soutenir à travers le SAILD.

En quoi vous a-t-il marqué ?

Avec son appui, 11 leaders paysans et moi-même avons effectué un voyage d’échange au Burkina Faso en avril 1992. Nous avons ensuite renouvelé l’expérience au Mali ainsi qu’au Sénégal. De retour du Burkina, nous avons résolu de créer une fédération faitière. Nous avons donc mis en place le Conseil Régional des Organisations de la Partie Septentrionale du Cameroun en abrégé CROPSEC. J’ai été élu premier président de cette fédération qui a beaucoup éveillé les consciences. Elle a aidé les producteurs à bien gérer et à rationaliser leurs récoltes. Elle a également contribuée à la lutte contre la famine. Elle a initié les agriculteurs à la constitution des épargnes. Si à ce jour cette fédération continue à améliorer les conditions de vie des paysans, c’est en grande partie grâce à Bernard Njonga qui a su encourager sa création. Il l’a ensuite encadré, accompagné et financé à travers le SAILD.

Bernard Njonga m’a beaucoup marqué par son langage franc. Il tenait ses promesses, respectait ses engagements et ne  mentait pas. Il encourageait la transparence et ne voulait pas de la fraude. Bernard Njonga, c’est aussi quelqu’un de blagueur. Il n’avait pas de complexe. S’il le fallait, il dormait chez des paysans et parfois, sur la natte. Il voulait du développement du monde rural. Il disait que ce pays ne pouvait prospérer sans le développement du paysan. Il voulait que les paysans cessent d’être trompés. Il voulait que les paysans participent au processus de prise de décision sur les questions les concernant, qu’ils ne soient pas marginalisés, parce que selon lui, c’est le paysan qui nourrit ce pays.

Que retenez-vous de l’homme ?

Il a beaucoup fait pour moi et ma famille. Il m’a sauvé la vie par trois fois. En 1996, j’ai eu des calculs rénaux. Sachant que j’étais dépourvu de moyens, il a entièrement pris en charge mon évacuation de l’Extrême-Nord, vers l’hôpital central de Yaoundé. Il a assuré mon suivi au cours d’une hospitalisation qui a duré 2 mois et demie et s’est occupé du contrôle post-guérison qui a nécessité que je reparte encore sur Yaoundé. En 2007, il a réitéré cette sollicitude et cette fois, j’avais été prise en charge dans une clinique de la ville de Yaoundé. L’opération à elle seule a couté 600 mille francs CFA. La même maladie s’étant manifestée une fois encore en 2018, il a voulu m’évacuer, mais sur conseil d’un médecin j’ai été opéré plutôt à Maroua, toujours avec son appui financier. Autant il m’a aidé autant il a agi de la sorte à l’endroit de plusieurs paysans. Bernard est quelqu’un d’incomparable, il est irremplaçable. Il me laisse orphelin.

Propos recueillis par
Abbo Mohamadou

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