Cameroun : «Il ne faut surtout pas ouvrir la forêt d’Ebo»

Jean Titil, conseiller municipal à la mairie de Yingui et porte-parole du Chef de Ndikmolong.

La forêt d’Ebo fait la Une des médias depuis février 2020. Que se passe-t-il?
Ce qui se dit dans les médias est loin de la réalité. On a eu une première expérience en 2002 avec l’ouverture de la route à partir d’Eboti par l’entreprise Bisou Sarl. Celle-ci avait signé une convention avec les populations qu’elle devait prélever 150 m3 de bois de chaque côté de la route. Puis leur ouvrir la route. Bisou Sarl a donc réaliser ses 12 km sans problème.
En 2005 on a Ebo Forest qui vient pour la survie à long terme de la biodiversité. En 2011, Ebo Forest crée le club des amis des gorilles. Puis nous commençons à travailler avec les autorités locales pour la création du parc national. Un parc qui n’a jamais vu le jour…Certaines élites et une partie de la population se sont opposées à sa création. Le parc n’allait pas nous apporter le développement mais plutôt envahir d’autres villages. Plusieurs personnes allaient de nouveau être recasées. Alors que nous on veut retourner sur nos terres ancestrales. L’heure n’est plus à la création du parc national mais au classement de 64 835 hectares de forêt en une UFA.

Vous êtes partant cette fois ?
Comment pouvons-nous être partant si nous n’avons jamais été consultés ? Que ce soit l’UFA, que ce soit le parc, ce n’est ni à Douala, ni à Edéa encore moins à Yaoundé que ça se décide. Que les autorités viennent nous rencontrer à Yingui. Et que le cahier de charge soit à la disposition de toutes les parties prenantes. Notamment les chefs traditionnels, conseillers municipaux, élites intérieures et extérieures, maire et député.

Admettons que le gouvernement vienne vers vous. Pouvez-vous accepter qu’on exploite la forêt d’Ebo ?
J’en doute ! Nous militons pour la gestion durable de nos ressources naturelles et le retour sur nos terres ancestrales. Notre souci majeur est de protéger les gorilles et leurs habitats. La forêt d’Ebo, abrite des espèces en voie de disparition, des singes colobes rouges de Preuss, un mystérieux groupe de gorilles de l’Ouest en danger critique d’extinction, des éléphants, plusieurs espèces d’antilopes et des grenouilles glissantes géantes. Je ne parle pas d’espèces d’arbres médicinales et des plantations vivrières.

Qu’espérez-vous après la suspension du processus de classement d’Ebo?
Si l’Etat insiste qu’il veut créer l’UFA, nous voulons un véritable cahier de charge. L’Etat doit prendre en compte les aires protégées, préserver les gorilles et leurs habitats. Nous avons également des espèces d’arbres médicinales qu’on doit protéger. Si on met les zones de conservations de côté, les sites sacrés et cimetières, on peut accorder ensuite sur le plan d’aménagement de l’Ufa.


Propos recueillis par
Sonia Omboudou

 

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