Cameroun : Il produit de la banane douce au cœur du sahel

Producteur de banane douce à Maroua, Pagore Kagna suscite l’admiration depuis la mise en place de son exploitation en l’an 2000.

Sa bananeraie a tout pour être une curiosité. Conscient du fait, Pagore Kagna dont la réputation n’est plus à faire à Makabaye, quartier périphérique de la ville de Maroua, a pris l’habitude de recevoir des visiteurs venus principalement s’assurer de la possibilité qu’il y’a à produire de la banane douce dans la région de l’Extrême-Nord.

Établie à proximité de sa demeure, à la lisière d’une zone de maraîchage sur laquelle poussent des oignons, du Moringa et une multitude de légumes, sa bananeraie a tout pour captiver. Elle s’étend sur environ ¼ d’hectare de terres protégées d’une part, par un mûr en béton et d’autre part, par une haie grillagée conçue pour faire face aux incursions des petits ruminants.Entre les rangées de bananiers soumis à un soleil écrasant, à l’ombre des troncs, l’on distingue des régimes de banane de tailles variées, suivant leur processus normal de maturation.
Initié par un ami

67 ans révolus, l’infirmier en retraite, ancien directeur de l’école de formation des aides soignants de Garoua, n’aurait peut-être jamais produit de la banane douce sans la bienveillance de l’un de ses amis. «J’ai reçu mon premier rejet d’un camarade avocat qui me l’a rapporté de Tiko, dans le sud-ouest. C’était un cadeau auquel je ne m’y attendais pas. Il me l’a rapporté parce qu’il savait que j’en prendrais soin, mais il était également curieux de savoir s’il était possible de produire la banane dans cette partie du Cameroun», se rappelle t-il.

Pour en arriver à son résultat actuel, ce père de 04 enfants ne s’est pas limité à planter le rejet. Il a veillé à satisfaire les besoins en eau de sa plante, il lui a assuré un apport régulier en fumure alors même que de façon parallèle il se dotait d’aptitudes techniques nécessaires à la production de la banane.

Depuis, Pagore Kagna a agrandi sa bananeraie en mettant à profit ses multiples rejets. A ce jour, il dispose d’une centaine de pieds de bananiers et collabore depuis 2014 avec l’Ecole Technique d’Agriculture (ETA) de Maroua. Il reçoit des stagiaires de cet établissement et fournit à l’institution des rejets de bananiers exploités lors d’essais expérimentaux ou même dans le cadre des cours pratiques. Mais, c’est de Midjiyawa Bakari, gouverneur de la région de l’Extrême-Nord qu’il a reçu les reconnaissances et les encouragements les plus marquants. «Au départ, il n’était pas censé voir ma bananeraie puisqu’il était là pour inaugurer un magasin construit par un GIC dont je suis membre. Mais j’en ai profité pour lui faire visiter mon exploitation. Il a été très surpris de la qualité de mes bananes et il me l’a fait savoir. Il m’a aussi dit que les autres devraient prendre exemple sur moi», relate-t-il avec une certaine émotion contenue avec peine.

800 régimes de banane récoltés

Pagore Kagna obtient sa meilleure production en 2015 lorsqu’il parvient à récolter 800 régimes écoulés sur les marchés de Maroua entre 3 500 et 2 500 FCFA selon leurs grosseurs. Cependant, c’est en 2019 qu’il moissonne les régimes qui le marqueront à tout jamais. «Certains régimes de cette année sont les plus gros que j’ai eu à récolter. Pour la première fois j’ai pu vendre un régime à 4 000 Fcfa et ça, je n’oublierais jamais », confie-t-il.

Malgré sa volonté, le poids de l’âge additionné aux difficultés financières et aux problèmes climatiques ne lui permettent plus de tirer suffisamment profit de la culture de la banane. Ses récoltes et la superficie exploitée n’ont pas cessé de décroitre et selon ses estimations, sa production de 2019 se chiffrerait autour de 200 régimes.

Passionné de la nature, Pagore Kagna a hérité de son père, son amour pour l’agriculture. De son point de vue, c’est cette passion qui lui a permis de relever le défi de la production de la banane dans une zone connue pour la rudesse de son climat.

Abbo Mohamadou

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