Cameroun : Immersion à Songhaï Porto-Novo, une ferme agroécologique de renom

En 39 ans d’existence, le centre Songhaï de Porto Novo au Bénin est devenu un lieu de pèlerinage pour les défenseurs de l’agriculture durable.

«L’Afrique relève la tête! Africa stands up!’’ C’est le slogan qui accueille le visiteur à la ferme Songhaï de Porto Novo, capitale du Bénin. Posté à l’entrée du centre, cet écriteau exprime toute une vision, celle du développement d’un continent par une agriculture respectueuse de l’écologie.
L’exemple valant mieux que la leçon, la ferme Songhaï promeut l’agroécologie dans sa globalité. Le principe de Lavoisier y trouve tout son sens: ‘‘rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.’’

Travail organisé
En pleine sécheresse, sous un soleil de plomb, la fraicheur des plantes dément la météo. Sur sol couvert de paillage, les vergers d’agrumes et de papayers alternés de plants de moringa sont en pleine fructification. La verdure se prolonge aux confins du site, avec par intermittence des basses-cours géantes pour canards, oies, pintades, paons, dindes et dindons. Cailles, poulets de chair et ponte ont leurs quartiers, de même que les porcs.
Quelques bœufs et autruches en mouvement dans le hangar sont élevés à des fins écotouristiques.
Les apprenants du centre, plus d’une centaine de jeunes et adultes, s’appliquent méticuleusement à la tâche, chacun à son poste. Tout est organisé comme sur du papier à musique.
Songhaï tire son nom de l’empire Songhaï, un ancien royaume ouest africain des 15ème et 16ème siècles, qui fut très organisé et prospère avec pour capitale Gao, et dont le territoire couvrait l’actuel Mali, une partie du Niger et du Nigéria.
Créé en 1985 par un Nigérian, Père Godfrey Nzamujo, le centre régional Songhaï de Porto Novo s’inspire de l’idée que le développement s’appuie sur une bonne organisation du travail. Le centre Songhaï a commencé ses activités en 1985 sur un hectare au quartier Ouando; il s’étend actuellement en 2019 sur 22 hectares organisés en secteurs de production: primaire, secondaire et tertiaire aux côtés desquels se greffe une intense activité technologique et écotouristique.

Système intégré
La visite du site commence, tel un rituel, devant la plaque signalétique du système intégré Songhaï. Pour un lundi matin (6 mai 2019), le programme des visites est hyper chargé pour le facilitateur du jour. Il doit conduire des touristes anglophones venus du Nigéria voisin et des séminaristes francophones venus d’Afrique centrale. Songhaï est comme un lieu de pèlerinage.
La délégation francophone est composée de 8 représentants d’associations camerounaises et RD congolaises accompagnées par l’ONG allemande Pain pour le monde. Pour ces acteurs du développement durable impliqués dans l’information et la formation agropastorale, le système Songhaï est un cas d’école.

Production agropastorale
L’agroforesterie, la production vivrière et le maraîchage ont des places de choix dans ce dispositif. Arbres fruitiers ou agroforestiers, maïs, tomate, laitue, betterave, concombre, gombo, chou et légumineuses se cultivent aisément sans intrants chimiques de synthèse. La maîtrise de l’eau et l’alternance des cultures y est systématique. Sur cette terre exploitée depuis plus de 30 ans sans jachère, les rendements obtenus militent en faveur du système de production agroécologique.
Le mot d’ordre à Songhaï est: ‘‘produire plus avec moins et zéro déchet.’’ Ce qui peut être considéré comme déchets en amont est récupéré comme sous-produits ou matière première pour une autre activité en aval.
Les débris et déchets végétaux servent à nourrir les animaux et à produire du compost pour fertiliser les champs.
Les déjections animales récupérées dans des biodigesteurs servent à la fabrication du biogaz, principale source d’énergie sur le site. Leurs effluents drainés via des canaux colonisés avec la jacinthe d’eau douce (plante dépolluante) permettent de fertiliser les étangs piscicoles du centre.

Agroalimentaire
Jus de fruits, confitures, yaourts, pains et pâtisseries, huiles (soja, palme et de palmiste, neem et karité), savons de toilette enrichis à diverses essences sont produits sur place. Le centre commercial Songhaï en est la première vitrine, ainsi que le restaurant qui accueille touristes, visiteurs et autres consommateurs ordinaires dont plusieurs repartent en achetant des semences de marque ‘‘Songhaï’’ dans la petite boutique semencière à la sortie du site.
Ce n’est pas par hasard que Songhaï est devenu un concept de développement exporté au Mali, Niger, Sénégal et Nigéria.

Marie Pauline Voufo

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