Cameroun : « La culture de la fraise sous serre est très avantageuse »

Emmanuel Kouokam Dodjou, producteur de fraise sous serre, Ferme de Kaffo par Baham, Ouest du Cameroun (+237) 699521963.

D’où vous est venue l’idée de produire des fraises à Baham?
Nous avons commencé à cultiver à Baham parce que c’est dans cette localité que se trouve notre exploitation, la Ferme de Kaffo. Mais rassurez-vous, à ce jour, nous avons des clients dans plusieurs localités du Cameroun qui ont des serres de fraises en production. Il y en a à Esse, Mom, Bonabéri, PK31, et dans quelques mois, à Nyom, Souza et bien d’autres en cours de négociation.

Pourquoi cultiver la fraise, fruit de climat tempéré alors qu’il existe de nombreux autres fruits que vous pouvez produire aisément dans l’environnement camerounais et avoir des débouchés?
Le monde évolue, l’agriculture avec, il est très difficile aujourd’hui de restreindre une culture à sa zone climatologique. Le succès d’une culture tient compte de plusieurs facteurs, d’où l’expression agro pédoclimatologies.
La volonté de cultiver la fraise vient d’une frustration d’enfance, où certains fruits n’étaient pas à la portée d’enfants de pauvre comme nous. Alors nous avons décidé non seulement de cultiver la fraise, mais aussi de la vulgariser pour qu’elle cesse d’être un produit de luxe.

Et pourquoi sous serre et pas sur terre ferme?
La serre parce que c’est une technologie très avantageuse dont notre ferme fait la promotion, mais aussi parce qu’elle offre à la plante des conditions idéales pour une bonne production avec un rendement très élevé sur de petites superficies.
A titre d’exemple dans une serre de 450 m² avec la culture hors-sol et notre système en escaliers, nous avons plus de 7.000 plants de fraises, ce qui en plein champ, demanderait au moins trois fois cette superficie.

D’où est venue la semence?
Nos variétés viennent de plusieurs horizons. Nous avons acheté nos premiers plants chez Emmanuel Fongang, un ami producteur de fraises depuis des années.
Lors de notre récent déplacement au Mali en Afrique de l’Ouest, nous avons acheté 3.000 plants d’une variété résistante au Sénégal que nous multiplions en ce moment.
Toujours dans le souci de promouvoir la culture de la fraise au Cameroun, nous avons importé des graines de plusieurs pays européens et même de la Chine que nous germons.
Nous vous annonçons en exclusivité que la Ferme de Kaffo produira les fraises blanches d’ici la fin d’année 2021 et les fraises noires en 2022 pour leurs nombreuses vertus.

Pouvez-vous dire en des termes simples comment se produit la fraise, le bon moment pour planter, les opérations d’entretien, le cycle de production et le rendement escompté?
Sous serre, on produit à tout moment, pourvu que votre système d’irrigation soit en place.
Les opérations d’entretien obéissent à l’itinéraire technique spécifique à cette culture qui va selon votre point de départ qui peut être soit la graine à germer ou le stolon à repiquer pour soit multiplier la semence, soit produire directement des fruits.
Le rendement sous serre est élevé et se détermine en fonction du nombre de plants, qui dépendent aussi du choix de la culture, sur sol à l’intérieur de la serre, ou hors-sol sur des bacs en escaliers.
Un plant de fraisier a une durée de vie moyenne de 3 ans. Bien entretenu, chaque plant de fraisier peut produire 0,5 à 0,6 kg de fruits par an. Avec une exploitation de 7000 plants, on peut logiquement rêver d’avoir 3,5t/an. En vendant même à 10.000Fcfa/kg bord champ, l’exploitant a des chances de s’en sortir avec le sourire.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la conduite de cette culture?
L’insuffisance d’expertise au Cameroun, et l’indisponibilité des fiches techniques adaptées à la zone tropicale pour aider les débutants constituent un gros blocage.
Les producteurs actuels doivent consigner leurs expériences et sortir dans un avenir proche un itinéraire technique adapté à notre environnement.

Pour quel marché produisez-vous?
Nous produisons d’abord pour le marché Camerounais et après, on verra si on peut exporter dans la sous-région.
Notre objectif et nous espérons que c’est celui des autres producteurs, est de rendre le prix de la fraise accessible au Camerounais lambda avec des prix très en deçà de ce que nous voyons aujourd’hui sur les étals qui détournent très vite le regard.

Quel avenir pour cette filière en Afrique tropicale?
Nous pensons que les producteurs actuels doivent encourager d’autres compatriotes à se lancer dans la culture de la fraise qui est encore un marché vierge. Il faudrait créer un réseau de producteurs Camerounais qui travailleront à faire stopper les importations des fraises. Nous pouvons citer en exemple le Sénégal où aujourd’hui, la fraise se trouve sur les étals grâce au travail formidable d’un jeune qui est à la tête d’une startup.

Propos recueillis par
Marie Pauline Voufo

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