Cameroun : La forêt d’Ebo est menacée, protégeons là

Les populations Banen ne cessent d’exprimer leur frustration et mécontentement. Les décisions de l’Etat sur la gestion de la forêt d’Ebo, leur espace de vie, se prennent sans leur implication.

« Notre espace cultuel est détruit, notre héritage traditionnel est bafoué ». C’est le cri d’un adolescent Banen voyant la forêt d’Ebo, sa terre natale menacée par les multiples décisions gouvernementales de déclasser cet espace forestier. Comme cet adolescent, c’est toutes les populations de la forêt qui ont exprimé leur frustration d’avoir été mises à l’écart lors de la proposition de classement de la forêt en parc national en 2006, et en unités de gestion forestière pour l’exploitation industrielle en 2020. Sur place, il en reste peu de zones de forêt tropicale intacte. La forêt d’Ebo, qui s’étend sur plus de 1500 km2, est à cheval entre la région du Littoral (département du Nkam et la Sanaga maritime) et la région du Centre à travers le département du Mbam et Inoubou. Elle représente l’une des dernières parcelles de forêt restantes dans la région et constitue une partie importante de biodiversité reconnue dans le monde entier.

Depuis l’indépendance, la zone située au nord du fleuve Sanaga a connu une expansion considérable des activités. La dégradation et la fragmentation des forêts dans toute la région ont un impact direct sur les communautés, dont beaucoup ont perdu leurs liens économiques, sociaux et culturels avec ce qui était autrefois leur terre et leur foyer.

Un milieu de vie naturel pour les autochtones

Bien avant 1960, plusieurs communautés vivaient dans des villages à l’intérieur de la forêt. Elles ont été expulsées à la suite des troubles civils qui ont entouré l’indépendance du Cameroun. Les patriarches et les matriarches de ces communautés vivent aujourd’hui dans des localités de réinstallation à la lisière de la forêt. La forêt est leur seul milieu de vie naturelle, et la considère comme foyer ancestral et coutumier.

Selon les gardiens de la tradition rencontrés, les générations à venir doivent rester connectées à la forêt qui est une source de revenus pour les populations de plus de 40 villages environnants. Ces populations utilisent les produits de la forêt dans l’alimentation, la pharmacopée traditionnelle, la construction de l’habitat et d’autres services écosystémiques.

La forêt abrite également une grande diversité de plantes et d’animaux qui constituent la base de ressources des communautés adjacentes. De nombreuses espèces de primates prospèrent dans cette forêt, qui est un bastion pour les chimpanzés, les drills et une population unique de gorilles. Avec cette riche biodiversité, les populations disent avoir un grand intérêt à la gestion durable des ressources dont elles dépendent et qu’elles conservent depuis des générations.

Les communautés locales étant fortement attachées à leurs terres et à la préservation de la biodiversité, l’engagement d’un ensemble de parties prenantes aux côtés de celles-ci, dans un processus de planification de l’utilisation des terres et d’une cartographie participative de l’utilisation de la forêt, permettra à elles et à d’autres acteurs clés de prendre des décisions éclairées sur l’avenir de la forêt d’Ebo, leur terre coutumière.

 Ekwoge Abwe, PhD
San Diego Zoo, Wildlife Alliance – African Forest Program
Responsable du projet de recherche sur la forêt d’Ebo, Cameroun

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