Cameroun : La semence paysanne est résiliente au changement climatique

Marie Créscence Ngobo, Secrétaire exécutive du Réseau des Acteurs du Développement Durable.

D’où vous est venue l’idée de promouvoir les semences paysannes ?
Nous avons tous des racines rurales. En tant que fille du milieu rural, je me suis rendu compte de l’absence et même de la disparition de certains mets de nos villages. Par ricochet la disparition de la semence. Pour moi c’était une violence. J’avais besoin de retrouver les goûts des aliments qui m’ont gardé dans la santé et fait grandir. Du coup j’ai souhaité que ces enfants qui naissent aujourd’hui continuent à voir ces saveurs là et vivre cet environnement. C’est fort de ce constat que nous sommes partis pour dire non ces semences ne doivent pas se perdre, elles doivent plutôt être préservées.

Pourquoi la semence paysanne?
La semence paysanne est résiliente au changement climatique, contribue à produire de la nourriture saine et entre dans les systèmes de production durable. Comparativement aux autres semences, la semence paysanne en elle seule est chargée de valeurs économique, culturelle, cultuelle, environnementale, culinaire locale, humaniste, historique, climatique et scientifique Nous devons donc tout faire pour là préserver.

Connaissiez-vous les enjeux autour de ces semences ?
Nous sommes à la quatrième édition de la FOSPAC. Je me rends compte que les enjeux sur les semences paysannes sont multiples. Nous les découvrons au fur et à mesure que nous travaillons surtout avec les rencontres au niveau national, la recherche documentaire et notre implication dans les différents réseaux de promotion des semences et de l’agriculture naturelle et écologique.

Observez-vous déjà l’impact de la FOSPAC sur les semences paysannes ?
Sur le terrain et partout en milieu rural nous voyons l’engouement des concernés qui sont les paysannes, les agriculteurs autour de la semence paysanne. Les femmes rurales se sont appropriées du concept FOSPAC, nous avons mis en place des banques de semences dans des villages. Les acteurs ruraux ont compris qu’ils doivent agir pour que la semence paysanne soit pérenne.

Qu’est-ce qui motive l’intérêt des paysans étrangers à la FOSPAC ?
La pertinence de l’initiative et la prise de conscience de nos frères africains sont les résultats de leur présence à la FOSPAC 4. Voyez-vous, nous avons tous les mêmes problèmes en Afrique et le des semences paysannes nous concerne également tous. Toutes les communautés ont compris que pour avoir de la nourriture saine, il faut préserver et encadrer le développement des semences. Il est donc important de se mettre ensemble pour mettre en place une dynamique et faire monter des plaidoyers non seulement au niveau national mais aussi au niveau de la sous-région. Bien évidemment, comme à l’africaine, les gens se sentent en sécurité en venant à Esse.

Quelle relation entre la politique de l’import-substitution et la semence paysanne ?
L’import substitution se base sur les produits locaux et la semence paysanne est la base même de la production locale. Les vivres que nous retrouvons dans nos marchés sont des produits issus de la semence paysanne. Elle est donc le fondement même de l’import-substitution. La semence paysanne est donc un élément clé de la politique de l’import-substitution. Nous interpelons l’Etat et la recherche pour un accompagne technique et matériel pour produire de manière optimale cette semence et de là mettre à la disposition des producteurs.

Quel sont les prochains défis de la FOSPAC ?
Nous voulons que la Foire des semences paysannes du Cameroun soit une activité reconnue d’utilité publique. Aussi, nous voulons que l’Etat du Cameroun respecte ses engagements pris au niveau international pour garantir les droits des paysans sur leurs semences. Voilà pourquoi la FOSPAC 4 a d’ailleurs produite une déclaration à l’endroit des décideurs. Pour que les semences paysannes soient reconnues dans la loi semencière du Cameroun.

Interview réalisée par
Magloire Biwolé Ondoua

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