Cameroun : L’angoisse des aviculteurs de l’Extrême-Nord

Sévèrement impactés par les effets de la crise du Covid-19 et de la grippe aviaire en Occident et en Asie qui ont conduit à la pénurie des poussins.

Face aux coups durs répétitifs auxquels est confronté le secteur avicole camerounais, Rosalie Zara, promotrice d’une ferme avicole à Kongola par Maroua, capitale régionale de l’Extrême-Nord, s’efforce de garder le cap. Toutefois, la fermière s’interroge sur l’avenir de son exploitation avicole et de sa filière aujourd’hui menacé par des facteurs externes aux acteurs avicoles nationaux.
La jeune agronome n’a pas le moral des grands jours en cette fin du mois d’avril 2021. Et pour cause, elle n’a plus les intrants d’élevage à sa guise. L’apparition des cas de grippe aviaire dans certains pays d’Europe et d’Asie qui font des échanges commerciaux avec le Cameroun, et la décision du Cameroun d’interdire provisoirement les importations des poussins d’un jour et des œufs à couver de ces pays a rendu ces intrants aviaires rares et sujets de spéculations.
Il est vrai, relève-t-elle, que la mesure d’interdiction des importations vise à prémunir la filière avicole locale d’une attaque de grippe aviaire. Mais elle plombe par ricochet l’envol de ses activités relancées depuis peu, après un abattage préventif de son cheptel.

Délais de ravitaillement irraisonnables
Les délais irraisonnables de ravitaillement en poussins ne permettent plus à Rosalie Zara de viabiliser son activité et d’alimenter régulièrement le marché afin d’obtenir des retours sur investissements.
« Nos cycles de ravitaillement en poussins ne sont pas raisonnables. Les délais d’attente vont parfois à près de deux mois, alors que notre activité ne devrait pas connaitre de telles ruptures. Nous nous retrouvons à écouler toutes nos bandes de poulets et à nous ronger les ongles ensuite en attendant d’être pourvus à nouveau en poussins» affirme-t-elle.
Dans de telles conditions, elle dit accuser un manque à gagner mensuel d’environ 400.000 FCFA. «A ce rythme, nous risquons de fermer boutique», déplore la jeune fermière qui déclare mettre en temps normal sur le marché 6.000 à 8.000 poulets de chair par mois. Rosalie élevait dans sa ferme les poulets de chair et les poules pondeuses.
Cette exploitation est durement affectée. «Nous avons dû abandonner l’élevage des pondeuses. Nous manquons cruellement d’intrants. Cela est imputé à la limitation des vols commerciaux en provenance des pays fournissant au Cameroun les produits et sous-produits aviaires par respect des mesures barrières au Covid-19. Actuellement, nous exploitons partiellement un seul bâtiment pour les poulets de chair. Le grand bâtiment d’une capacité de 10.000 pondeuses reste inexploité jusqu’à nouvel ordre», indique-t-elle.
Tout en déplorant les coupures régulières d’électricité qui provoquent d’énormes pertes, l’entrepreneuse ne manque pas de décrier les politiques de développement avicole, pas vraiment efficaces à son goût. Elle juge inadaptée, la récente décision du Ministre de l’élevage des pêches et des industries animales (MINEPIA), de faire importer des produits aviaires du Brésil.
« Si notre avis nous était demandé, nous proposerions la création de couvoirs dans toutes les régions du pays, la promotion de l’élevage des parentaux et un vrai programme de développement de la filière avicole. Qu’est ce qui nous garantit que la décision du MINEPIA n’est pas un préalable à une importation future des découpes de poulets congelés du Brésil?» s’interroge Rosalie Zara.
Inquiète de ne plus pouvoir rentabiliser à fond ses investissements d’élevage, elle espère impatiemment une mesure spéciale de l’Etat, pour booster la production avicole nationale qui bat de l’aile.

Abbo Mohamadou

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