Cameroun : Le blé se cultive bien à l’Extrême-Nord

Yerima Lamine Mohaman, agriculteur à Mora, n’hésite plus. Après deux ans à produire avec succès sa semence, il se dit prêt à étendre la culture du blé dans son Extrême-Nord natal dès la prochaine campagne agricole.

L’actualité est lancinante sur les besoins nationaux en farines panifiables. Alors que presque tout le monde, appelle à la promotion des produits locaux tels le manioc, la patate, le maïs, le millet, le plantain, etc. pour produire de la farine utile aux boulangers, d’autres intelligences comme Yerima Mahamad Lamine planchent sur le développement de la culture du blé au Cameroun.
Rencontré en marge de la plénière des membres de la Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun (CAPEF) tenue à Yaoundé le 15 avril 2022, Yerima Mahamad Lamine, membre élu de la section forêts et faune du département du Mayo Sava (région de l’Extrême-Nord) ne cache pas ses projets sur le blé.

Le blé, une culture locale

« Arrêtez de dire que le blé est une culture de l’Occident! C’est une ancienne culture pratiquée par nos grands-parents depuis plusieurs générations. Nous avons toujours consommé le blé dans la bouillie. Je connais autour de moi des gens qui ont depuis longtemps cultivé de petites parcelles de blé», déclare Yerima Mahamad Lamine. Rien ne semble pouvoir arrêter cet agriculteur de Mora dans sa vision.
Il n’a pas attendu le renchérissement des cours du blé attribué ces jours au déclenchement de la guerre en Ukraine, pour engager son projet de culture locale du blé. «Il y a plus de deux ans que dans mes recherches, je suis entré en possession d’une petite quantité de semences traditionnelles. J’ai décidé de les multiplier en plusieurs campagnes. Actuellement, j’ai de la semence de blé pour semer près de 3 hectares», confie ce paysan.
«A ceux qui pensent que le blé ne peut pas produire chez nous, je dis que j’ai réussi l’essai de cette culture en 2020 et 2021 à l’Extrême-Nord. Dès 2022, je vais créer un champ plus grand. Ma semence traditionnelle est produite par moi-même. Je ne me préoccupe pas encore du rendement. Ma satisfaction a été d’abord d’avoir les épis», affirme-t-il
Même le spectre de l’échec de Société de développement du blé (SODEBLE) jadis implantée dans l’Adamaoua, ne semble pas dissuader Yerima Mahamad Lamine. D’après lui, il faut rechercher les causes de cet échec ailleurs qu’au champ: «J’ignore pourquoi la SODEBLE a échoué. Je ne sais quoi dire. Peut-être c’est parce que c’était une société d’Etat. Pour ce qui est de la production du blé en champ, je vois que ça marche», ajoute t-il.

Une cycle de production de 90 à 120 jours

En milieu paysan, il y a le blé de la saison pluvieuse qui se cultive entre juin-septembre et celui de contre-saison entre novembre-janvier. Le cycle de production est de 90 à 120 jours.
Mais le gros danger identifié sur cette culture est l’attaque des termites. Comme solution, l’agriculteur conseille l’usage des insecticides ou à défaut, une solution naturelle à base de neem, à pulvériser autour et sur les termitières.
Heureusement, selon Yerima Mahamad Lamine, cette culture au septentrion à un grand avantage sur les redoutables ravageurs des céréales au Sahel. En effet, les épines pointues de la plante repoussent les oiseaux granivores en les empêchant de s’y poser pour butiner.
Après récolte, le blé bien séché se conserve pendant plusieurs années sans se détériorer.
Pour cet élu de 2021qui était déjà présent dans la mandature de 2010 de la CAPEF, l’idée de se passer du blé pour ne produire que les farines locales de manioc, patate, maïs pour le pain ne saurait prospérer: «Je n’y crois pas. Il faut plutôt densifier la production locale du blé qui pousse bien non seulement à l’Extrême-Nord, mais aussi dans d’autres régions du Cameroun», confie t-il.
A la fin de sa mandature à la Chambre d’agriculture, cet élu aimerait voir un changement de mentalités des paysans de sa contrée dans leur vision et leurs pratiques agricoles. Qu’ils saisissent les nouvelles opportunités dans leur secteur, tel sur le blé, comme c’est déjà le cas pour l’oignon, le sorgho, la mangue, etc. La responsabilité, dit-il, est au niveau de la formation de tous par l’Etat.

Marie Pauline Voufo

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