Cameroun : Le bon thé d’artemisia est amer

Mathieu Ngoumgang, chercheur et producteur de plantes médicinales au Centre Polyvalent de Formation (CPF) de Mbouo, Tél : 677 432 221 / 695 557 914.

Depuis combien de temps cultivez-vous l’artemisia ?

Je fais dans la production de l’artemisia depuis 1998. C’est lors d’une participation à la foire régionale que j’ai fait la rencontre d’un suisse qui nous a offert par la suite des semences d’artemisia annua. Nous avons mis les semences dans un germoir et elles ont germé sur plus d’un hectare. C’est à ce moment que nous avons commencé à vulgariser cette plante au sein de divers groupes de paysans de la région de l’Ouest.

Y’a-t-il diverses variétés d’artemisia ?

En effet, nous avons entre autres l’artemisia vulgaris, l’artemisia annua et l’artemisia annua anamed. Puissant antipaludéen, l’artemisia annua est la variété la plus cultivée en zone tropicale.

Comment s’effectue la culture de l’artemisia annua ?

Tout commence par la germination sur un sol léger pendant un mois. Ensuite, intervient la transplantation des plants en champs avec l’intervalle de 1m car, un seul plant peut atteindre 3m. La récolte intervient après 6 mois ou au plus tard dès l’apparition des premières fleurs.

De quoi a-t-on besoin pour réussir sa production ?

Juste d’un germoir, d’un sol meuble et du soleil car l’artemisia pousse très bien dans des espaces ensoleillés. Cette plante n’est pas très exigeante. Il suffit de suivre la fiche technique et l’on réussit sa production.

L’artemisia et l’agroécologie sont-elles compatibles ?

Tout à fait ! l’artemisia n’a pas besoin d’engrais chimiques. Elle doit être produite naturellement pour conserver toutes ses propriétés médicinales. Le compost est suffisant lors du semis. L’artemisia de ce fait est une culture 100% biologique. Elle soulage l’homme de diverses maladies sans risques d’intoxication.

Comment s’effectue la conservation ?

Une fois récoltées, les feuilles d’artemisia se conservent de préférence sec à l’abri de la lumière. Ces feuilles peuvent être conservées entre 1 et 3 ans dans des sachets par exemple. Aussi, l’artemisia peut être conservée sous forme de sirop et de teinture.

Comment s’effectue la commercialisation ?

Ici au Centre Polyvalent de Formation (CPF) de Mbouo, nous avons des patients qui viennent vers nous. L’examen de goutte épaisse est le premier élément sur lequel nous insistons. Le patient est pris en charge par la suite.

Quelles sont les vertus de cette poudre d’artemisia que vous conseillez à vos patients ?

La poudre d’artemisia détient des propriétés antipaludéennes approuvées. Conditionnée en dose de 10 grammes par sachet, elle est destinée à la prise en charge du paludisme chez l’enfant et chez l’adulte. Je conseille à mes patients de prendre une cure complète de 7 sachets à 1500Fcfa pour une semaine. Ceci, à raison de 1 sachet de 10 grammes de poudre infusée dans un litre d’eau, à boire tout au long de la journée, pendant 7 jours.

L’artemisia existent sous différents conditionnements sur le marché. Dès lors, comment reconnaitre le vrai du faux ?

De mon expérience de producteur, le seul élément par lequel reconnaître l’artemisia c’est l’amertume. L’artemisia est par essence très amer. Dès lors, nous conseillons souvent d’ajouter un peu de miel et du citron dans le thé d’artemisia.

Quels sont vos rapports avec le personnel de santé ? y’a-t-il des médecins qui préinscrivent vos produits ?

Pas vraiment. Nos patients viennent par eux-mêmes. Nous n’avons jamais eu un malade recommandé par un médecin. D’après certains témoignages, il suffit d’évoquer le terme artemisia pour susciter la colère d’un homme en blouse. Néanmoins, nous recevons de plus en plus de patients.

Conseillez-vous aux jeunes de cultiver l’artemisia ?

C’est même ce que nous faisons depuis 1998. Nous vulgarisons la culture d’artemisia auprès des jeunes. N’étant pas très exigeante, cette plante peut être cultiver par tout le monde. A chaque patient, je conseille d’avoir au moins un plant dans son jardin. Dès lors, il récolte ses feuilles d’artemisia, les sèche et les consomme sans plus être dépendant d’un naturopathe.

Propos recueillis par Sonia Omboudou

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