Le salon des sciences et technologies environnementales tenu en février 2025 à Yaoundé, a permis de voir des chercheurs qui trouvent dans bassin du Congo. Plusieurs innovations présentées sur le développement durable sont en quête de financements pour leur mise à l’échelle.
Pendant trois jours, du 18 au 20 février 2025, le palais des congrès de Yaoundé a accueilli les chercheurs et créateurs dans le domaine des technologies pour le développement durable et de l’agroécologie, protectrice de l’environnement.
Le salon des sciences, technologies et innovations environnementales pour le développement a rassemblé une centaine d’exposants issus du Cameroun, du Gabon, du Congo et de la République Démocratique du Congo (RDC). Les exposants ont présenté aux visiteurs et particulièrement aux potentiels financeurs, les solutions innovantes qu’ils proposent pour répondre aux défis économiques et environnementaux dans le bassin du Congo.
L’événement organisé dans le cadre du Projet de déploiement des technologies et innovations environnementales pour le développement durable et la réduction de la pauvreté (PDTIE) est une initiative de l’Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD).
Pour arriver à réunir les inventeurs, il a fallu les accompagner matériellement et financièrement. Pendant près de trois années, l’IFDD a soutenu plusieurs jeunes entrepreneurs par l’entremise de l’initiative « Je Produis mes Intrants, mes Aliments, mon Argent » (PI2A) conduite par l’association Ingénieurs sans frontières (ISF).
Jeunes inventeurs du bassin du Congo
Marland Niceme, ingénieur en technologies numériques originaire du Congo et formé à Sangmelima, a dévoilé son invention dénommée « AI Forest Planner », une application d’intelligence artificielle destinée aux exploitants agropastoraux. Cette plateforme web, qui, selon le jeune inventeur, sera lancée en 2025 au Congo et au Cameroun ensuite, permet au producteur agricole d’optimiser sa production en suivant sur internet des conseils et des notifications durant tout le cycle de production. Cette application intègre une plage sur le marché pour faciliter la commercialisation des produits agricoles en ligne.
Un autre inventeur, Salomon Ongouya, venant du Congo, a présenté « Bio craie », une craie écologique fabriquée à base de coquilles d’œufs recyclées. Sa technologie permet de produire de la craie qui garantit une meilleure qualité d’écriture en réduisant l’impact environnemental.
Christiane Iragi, de Goma en RD Congo, promeut son vinaigre extrait des épluchures d’ananas et sa provende à base de farine de mouches soldats noires, une alternative économique viable face à la farine de poisson plus chère, utilisée en alimentation animale.
Les initiatives camerounaises
Les entrepreneurs camerounais ont également marqué ce salon. Armelle Nkama, promotrice de « Divine’s Farm » à Édéa, s’est spécialisée dans l’élevage agroécologique des hannetons et des escargots. Elle fabrique aussi les produits cosmétiques à base de bave d’escargot.
Marie Toby, fondatrice de « Toby Production Breeding » à Bafoussam, s’est investie dans l’aviculture villageoise en développant l’élevage biologique de canards, de poules Brahma, d’oies et de dindons en semi-captivité. « Le bio est la filière d’avenir », confie-t-elle.
Junior Asonganyi, diplômé de la faculté d’agronomie de Maroua et fondateur de « Asong Agro Enterprise », a opté pour la production de poivrons rouges et jaunes sous serre à Douala, sans intrants chimiques. Il justifie son choix ainsi: « Nous avons la responsabilité de produire en préservant la terre pour nos enfants ».
Le Centre d’appui à la production agricole et maraîchère (CAPAM) de Mbalmayo a, quant à lui, présenté des micro-organismes efficaces (EM) produits sur site pour améliorer l’agriculture et l’élevage bio.
Les institutions universitaires présentes au salon ont fait valoir leur savoir-faire. L’Université de Ngaoundéré a conquis les visiteurs avec son « koki rapide », un mets traditionnel à base de pâte de nyébé et d’huile rouge.
L’École nationale polytechnique de Yaoundé, via son projet FABLAB, a dévoilé une mini-turbine fabriquée à partir du bois local. Installée sur un château d’eau spécialement dressé pour le salon, cette innovation a montré sa capacité à produire de l’électricité pour alimenter toute une contrée. Cette innovation a ravi le prix de la meilleure innovation en énergie.
Le salon a primé au total cinq innovations en : agriculture, agroalimentaire, construction, énergie et créativité juvénile.
Chercher des financements
Après avoir mis en lumière les trouvailles porteuses de solutions durables dans le bassin du Congo, il reste à ces initiatives de trouver les ressources financières pour être dupliquées et pérennisées.
Lionnelle Ngo Samnick, coordonnatrice de projet à l’IFDD, exprime sa satisfaction pour les initiatives présentées. « Le but de ce salon est de montrer que les innovations existent. Et puis, d’inciter les investisseurs et les décideurs à agir. Par exemple, un maire peut s’intéresser aux mini-turbines de Polytechnique et trouver des financements pour en produire et électrifier sa commune » a-t-elle relevé.
La prochaine édition du salon des sciences, technologies et innovations environnementales pour le développement se tiendra dans un autre pays bassin du Congo, afin de stimuler la créativité au service du développement durable partout en Afrique centrale.
Marie Pauline Voufo
Cinq inventions primées au salon
Catégorie N°1 : AGRICULTURE
Bacteria Promax : Biofertilisant spécifique au riz
Bacteria Promax est un biofertilisant formulé à partir d’inoculums microbiens, d’amendements organiques et d’une fougère aquatique (Azolla). Il permet de recycler les déchets organiques et fournit les éléments nutritifs nécessaires au riz.
Catégorie N°2 : AGRO-ALIMENTAIRE
K’Boss Pack : Emballage à partir de cabosse de cacao
K’Boss Pack est un matériau biodégradable réalisé à partir de cabosse de cacao, un sous-produit agricole considéré jusqu’ici comme un déchet.
Catégorie N°3 : CONSTRUCTION
MPimsi-Abo : Panneaux isolants à base de fibres de bananier et de ciment écologique
Les panneaux légers MPimsi-Abo offrent une excellente isolation thermique. Ils sont fabriqués à partir de granulats de fibres de bananier traitées, combinés à un liant constitué d’argile et de cendres de balles de riz. Les panneaux MPimsi-Abo sont idéaux pour la construction de façades. Les prototypes ont été présentés lors de la COP28 à Dubaï.
Catégorie N°4 : ENERGIE
Pico turbine en matériaux locaux
Les pico-turbines fabriquées avec des bois hydrauliques par le FaBLab Polytechnique de Yaoundé peuvent être utilisées dans les centrales pour produire des puissances électriques de 500 à 5000 watts.
Catégorie N°5 : CREATIVITE JUVENILE
Greener Pastures International
Greener Pastures International est un complexe scolaire regroupant un enseignement primaire et secondaire. Lors du Village des Sciences, ses élèves ont achevé les challenges de robotique et de modélisation 3D parmi les premiers, démontrant ainsi leur esprit d’équipe et leur maîtrise des compétences technologiques.

