Cameroun : L’igname ‘‘Kalaba blanc’’ vaut de l’or

Les commerçants du marché Mfoundi à Yaoundé se font des bénéfices avec l’igname «Kalaba blanc» en cette période de pénurie au Cameroun.

Hangar 7 au marché Mfoundi de Yaoundé. Il est 8h. Natacha Tchuileu est en quête de l’igname « Kalaba blanc ». Elle sillonne étals par étals sans succès, se renseigne chez certaines commerçantes. «Ressort et regarde à l’entrée du hangar. Je ne sais pas si elle est déjà là, mais actuellement c’est la seule qui possède l’igname», lance l’une d’entre elles. Natacha s’exécute.
La vendeuse en question vient d’arriver. Sa priorité, installer ses tubercules par tas. «Pourrais-je avoir un tas de 2000», demande la cliente. «Désolé, il n’y a que les tas de 10.000 et 5000», affirme la commerçante avec désinvolture. «Vous pouvez au moins me donner pour 2500 ? Ce n’est que pour un repas», renchérit Natacha. «Même pour 3000 je ne vends pas», répète la commerçante d’un air menaçant. Natacha se retire. Elle sillonne de nouveau le Hangar 7 en vain.
C’est alors que la dame de ménage téléphone sa patronne pour lui demander s’il est possible de changer de commande. C’est fait ! Natacha a l’aval de la maîtresse de maison. Son second choix se porte sur les pommes de terre.

10000Fcfa le tas de Kalaba
Ce mercredi 3 juin 2020, l’igname se fait rare. Seuls la patate et le plantain dominent la tendance. Il faut longer la piste qui mène vers la poste centrale pour tomber sur «Papa igname». Un sobriquet que porte ce sexagénaire qui cumule 30 ans dans la vente d’ignames au marché Mfoundi. Et pour cause ! Papa igname «a toujours l’igname à n’importe quelle période».
Son comptoir, comporte des tas de «Kalaba Blanc» de 10.000 pour les gros tubercules, 5000 pour les moyens et 3000Fcfa pour les «cassés-cassés». D’après lui, la flambée des prix est due au manque de livraison dans la région du Centre. «Le Kalaba blanc que je vends provient de la frontière Cameroun-Nigéria. C’est au pied du Mont-Cameroun que nous nous ravitaillons auprès des Biafra et des producteurs du Sud-Ouest», décrit Papa igname.

Des livraisons à hauteur de 4 millions
De Juin en septembre, l’igname manque. Les commerçants possédant assez de fonds se font livrer par camions à hauteur de 4 millions et plus ou encore, achètent 100 ignames à 350.000Fcfa. «Ceux qui n’ont pas assez de capital se regroupent à 3 ou 4 et cotisent 200.000, 500.000 voire 700.000 chacun pour commander un canter d’ignames blancs», explique le commerçant. Par contre en période d’abondance notamment d’octobre en mai, le ravitaillement s’effectue sur place auprès des producteurs du Nyong-et-kelle, de la Lekié et du Mbam-et-Kim. Les tubercules sont vendus par cuvettes ou paniers à 25, 35 et 40.000Fcfa et en colis à 18, 20 et 25.000F.
Néanmoins, en cette période de rupture, le souci de Papa igname est de fidéliser sa clientèle. «Sur un tas de 10.000 Fcfa, je prélève les 5000 du prix d’achat, 2500 des frais de livraison et 2500 de bénéfices et imprévus. Même si la période d’abondance reste la meilleur en terme de bénéfices».

Plus de bénéfices en période de pénurie
Pour Blanche Mbondo, faire des bénéfices n’a jamais été aussi évident qu’en période de pénurie. Initiée par sa mère depuis 2ans dans le commerce de l’igname à l’entrée du hangar 8 en Mfoundi, cette ancienne étudiante en lettres modernes à l’université de Yaoundé I propose de l’igname blanche de Munya. Tout aussi originaire du Sud-Ouest, le tubercule fait la joie de la jeune vendeuse. «J’ai pris la marchandise de 200.000Fcfa il y’a une semaine. Je n’ai même pas encore vendu la moitié que j’ai déjà fait un bénéfice de 50.000», se réjouit Blanche.
Bien que le «Kalaba blanc» du Mont Cameroun ou de Munya soient les vedettes des comptoirs, les consommateurs gardent en mémoire la saveur de l’igname blanche de table ou de l’igname riz. Rendez-vous donc à partir du mois d’octobre.

Sonia Omboudou

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