Cameroun : Le système semencier de la pomme de terre se remet en place

Le Cameroun s’est engagé, grâce au soutien de la Coopération allemande, à travers le projet ProCISA et de son partenaire technique CIP, à restaurer la filière semencière nationale de pomme de terre. Les résultats sont prometteurs.

En partenariat avec le projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire (ProCISA), et à travers les projets ‘‘Développement de la chaîne de valeur pomme de terre’’ et ‘‘Renforcement des capacités des structures étatiques de contrôle de la qualité des semences de pomme de terre’’ financés par la Coopération allemande, le Centre International de la Pomme de terre et Patate douce (CIP) a entrepris depuis décembre 2018 un travail d’introduction de nouvelles variétés porteuses et de renforcement des capacités pour la production et le contrôle de qualité des semences de pomme de terre au Cameroun. Par manque de semences de qualité, les agriculteurs camerounais ont eu à recycler pendant des décennies les semences en leur possession, avec pour conséquences l’accumulation des maladies et la baisse des rendements.

Semences de qualité

« Il fallait remettre en place le système semencier du début à la fin. Le début est au laboratoire et la fin est dans le champ du paysan» explique Victorine Fornkwa Yaya, Coordinatrice régionale Ouest et Nord-Ouest du CIP Cameroun.
D’après cette spécialiste des semences et variétés, le partenariat entre ProCISA et le CIP a permis d’engager des actions à différentes phases afin de remettre en place le système semencier de pomme de terre dans le pays.
Le laboratoire est le point de départ, c’est là que se produisent les plants sains in vitro. Cette étape primordiale dans la production de semences de pomme de terre n’existait plus au Cameroun depuis l’arrêt en 2017 des activités au Centre Régional de Recherche Agricole (CRRA) de l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) à Bambui dans le Nord-Ouest.
Depuis 2020, ce centre réhabilité avec l’appui du CIP, a bénéficié d’un renforcement en équipements et en formation du personnel. En plus de l’IRAD, la structure TOWA a été accompagnée pour produire du matériel végétal de première génération.
Une autre importante étape est le contrôle de la qualité du matériel végétal. Pour cela, le CIP a appuyé quatre laboratoires de la Direction de la Règlementation et du Contrôle de Qualité des Intrants et Produits Agricoles (DRCQ) du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER). L’objectif est une meilleure détection des pathogènes dans les laboratoires de la DRCQ.
Ce matériel sain, sous forme de vitroplants, est ensuite mis sous serres à l’antenne de l’IRAD à Bayangam appuyée par le CIP, à la ferme semencière du MINADER à Bansoa, qui a été récemment réhabilitée par le ProCISA et aussi à la structure TOWA. En plus, trois semenciers à l’Ouest, au Nord-Ouest et dans l’Adamaoua sont actuellement appuyés dans la construction des serres pour la multiplication locale de semences.
Une autre technologie innovante a été présentée aux semenciers clés du Cameroun lors des voyages d’étude au Kenya et en Inde: la technique de production des semences par les Boutures Apicales Racinées (BAR). Faire pousser sous serre des boutures de pomme de terre prend trois fois moins de temps que le tubercule pour produire la semence.
Quelques semenciers et coopératives ont déjà commencé de construire des serres avec leurs propres moyens pour la mise en œuvre de cette nouvelle technologie.

 

Importance de la semence dans la Stratégie Nationale 2022-2030

Guy Joël Nkuidjin, Spécialiste en Suivi-Evaluation et Partage des connaissances au CIP Cameroun

Le Cameroun envisage d’atteindre une production de 900.000 tonnes de pomme de consommation d’ici 2030. Cet objectif ne sera une réalité qu’à l’aide d’une stratégie adaptée aux forces, faiblesses, opportunités et menaces de la filière. Ainsi, le CIP, avec l’appui du ProCISA, accompagne le gouvernement camerounais dans l’actualisation de sa Stratégie Nationale de Développement de la filière Pomme de terre pour la période 2022-2030.

Le diagnostic élaboré, en vue d’identifier les principaux axes stratégiques, a démontré que l’amélioration du système semencier occupe une place prépondérante dans le développement de cette filière. Il faudra intensifier de manière durable la production de semences améliorées de pomme de terre (qualité, rentabilité, accessibilité et disponibilité).

 

Notre objectif est d’améliorer la qualité des semences

Victorine Fornkwa Yaya, Coordinatrice régionale Ouest et Nord-Ouest du CIP Cameroun.

Le ProCISA a fait le constat du manque de variétés répondant aux besoins du marché et des semences de qualité de pomme de terre dans les zones où il intervient. Pour trouver une solution durable à ce problème, il a sollicité le CIP Cameroun comme partenaire technique.

Notre partenariat couvre la période de décembre 2018 à mars 2023. Nous collaborons à la réalisation de six grands objectifs, dont le principal est l’augmentation de la quantité et l’amélioration de la qualité des semences de pomme de terre.

Nos capacités sont renforcées

Norbert Kenfack, Président de l’Association nationale des semenciers de pomme de terre du Cameroun.

Nous avons fait deux voyages d’étude au Kenya et en Inde sous la conduite du CIP et ProCISA pour renforcer nos capacités. Les techniques de production de semences de pomme de terre à partir des vitroplants et des Boutures Apicales Racinées nous étaient inconnues. Maintenant, nous envisageons de mettre cette innovation en pratique dans notre serre à Djuttitsa.

 

Des méthodes modernes de multiplication

Dr Walter Ajambang, Chef du Centre Régional de Recherche Agricole de Bambui par Bamenda.

Les rendements de la pomme de terre chutent fortement lorsque les semences sont plantées au-delà de la 3ème génération. La plupart des semences de pomme de terre qui circulent se situent entre la 11ème et la 12ème génération. Un autre problème dangereux et coûteux est le mélange de variétés dans un seul lot.

Il faut assainir les semences au laboratoire afin d’éliminer les maladies qui entravent l’expression des rendements.

En plus de fournir les équipements pour la relocalisation du laboratoire de Bambui à Bamenda, le CIP a appuyé l’IRAD à mettre en place une serre à Bayangam, où les semenciers viennent apprendre des méthodes modernes de multiplication des semences, telle la technique des Boutures Apicales Racinées.

 

Une activité rentable

Mohamadou Koulagna, Cooperative DJORO NOVA à Ngan-Ha, Département de la Vina.

Il y a une forte demande non satisfaite en semences de pomme de terre de qualité. Produire et vendre ces semences est une activité rentable. L’accompagnement du CIP et du MINADER dans notre unité de production de semences à Ngan-Ha nous encourage.

Nous voulons rendre disponibles et accessibles les semences de qualité aux producteurs, afin de booster la production de pomme de terre dans l’Adamaoua. Grâce à l’assistance technique du CIP, nous venons de mettre en place une serre avec un système d’irrigation par aspersion.

 

Les premières semences en mai 2023

Samuel Tagni Tepie, coopérative KARTOFFEL à Baloum par Penka Michel.

Dans mes recherches pour avoir la semence de base, j’ai fait la rencontre du CIP qui m’a permis d’acquérir des vitroplants sortis du laboratoire. Le CIP m’a formé à la manipulation de ce matériel végétal sensible et a offert une toile respectant les normes de contrôle d’insectes pour refaire la serre de notre coopérative faite avec les moyens de bord.

La coopérative KARTOFFEL produit uniquement de la semence CIPIRA. Cette variété m’a convaincu. Jusqu’à preuve du contraire, c’est la meilleure chez nous. On peut l’avoir à toutes les étapes de la filière semencière. D’ici mai 2023, j’espère mettre sur le marché mes premières semences de pomme de terre certifiées, contrairement à la majorité des semences actuellement en circulation.

 

Nouvelles techniques de détection des maladies

Stanislas Bila, Sous-Directeur de la Réglementation des Semences et de la Quarantaine Végétale /DRCQ – MINADER.

Le CIP, avec l’appui financier du ProCISA, a apporté une assistance technique et matérielle à quatre laboratoires, à savoir les laboratoires des Délégations Régionales de l’Agriculture et du Développement Rural à Bafoussam, Bamenda, Ngaoundéré et le laboratoire central de la Direction de la Règlementation et du Contrôle de Qualité des Intrants et Produits Agricoles à Yaoundé.

Grâce aux techniques ELISA et LAMP apprises aux laborantins, la détection des virus et des bactéries dans les semences et dans le sol est désormais possible.

L’homologation de deux nouvelles variétés de pomme de terre du CIP, Chulu et Unica, est également en cours.

 

NB : Tous les manuels et informations du CIP en lien avec la production de semences de pomme de terre peuvent être consultés sur le site web:
https://cgspace.cgiar.org/handle/10568/108469
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