Cameroun : Les coopératives agricoles à l’école du business

La formation des formateurs organisée à Douala du 19 au 30 avril 2021 par le Projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire au Cameroun (ProCISA) a exposé aux participants les atouts de l’approche CBS (Cooperative Business School) dont l’objectif principal est de faire des coopératives de véritables centres d’affaires au bénéfice de leurs membres.
Gilbert Fomukom, formateur et Conseiller Technique Senior de la chaîne de valeur cacao pour le Sud-Ouest au ProCISA et quelques bénéficiaires de cette formation expliquent l’intérêt de la formation CBS pour l’émancipation des coopératives agricoles.

C’est quoi le CBS ?

CBS est le sigle de Cooperative Business School, une approche de formation des coopératives liée au business. C’est un produit développé par le projet Agri-business Facility for Africa de la GIZ, en abrégé ABF. Il consiste à former les coopérateurs sur la bonne gestion de leurs activités et le management de leurs coopératives.
ABF a développé plusieurs approches de formations entrepreneuriales dont deux, le CBS et le FBS ont été adaptées et utilisées par ProCISA; le FBS ou Farmer Business School qui forme les agriculteurs, et le CBS qui forme les coopératives.
ProCISA a adopté l’approche CBS et l’a adaptée aux réalités des coopératives évoluant dans les chaines de valeur cacao et pomme de terre qu’il accompagne au Cameroun. D’une manière générale, le CBS couvre les volets suivants:
– L’orientation vers le marché et la compréhension du comment créer plus de revenus à partir d’un produit;
– Les concepts de services tels que la production et la commercialisation des plantes améliorés, la mise en place des brigades phytosanitaires pour l’entretien des vergers;
– L’amélioration de l’offre d’emploi des jeunes à travers les services tels que la production des plantes améliorées, les services liés à la gestion des unités poste récoltes;
– L’accompagnement les coopératives à la production des business plans pour leurs exploitations;
– Les cadres institutionnels, leadership et administration de groupe (améliorer la gestion institutionnelle et organisationnelle des coopératives et des faitières);
– Boîte à 50 outils pour l’application.

Quel est l’objectif du CBS ?

Le CBS vise à donner aux coopératives la capacité de mieux gérer leur business. Ils doivent comprendre que leur activité c’est du business et agir en conséquence.
Quand on observe la manière de fonctionner des coopératives, il y a encore beaucoup de manquements côté compétitivité.
Dans la chaîne de valeur cacao, les producteurs font face aux acheteurs intermédiaires appelés coxeurs sur le terrain. Les acheteurs ont souvent plus de moyens que les coopératives et ils peuvent octroyer des crédits de campagnes et préfinancer les intrants agricoles. Face à ces acheteurs intermédiaires, il est bénéfique pour les producteurs d’être organisés en coopérative.

Que proposez-vous aux coopératives ?

Il faut que les coopératives aient des services plus attrayants que les acheteurs intermédiaires. Pour arriver aux prix attrayants, il faut faire les bons calculs. Avec le CBS, les calculs des services sont plus précis. La coopérative connaît ses dépenses réelles et le profit qu’elle aura à la fin. Elle peut faire le calcul de toutes les dépenses avant de négocier le prix de vente de ses produits. La formation permet d’avoir une vision globale avant de se présenter devant l’acheteur.
La transparence est aussi très importante dans le management de la coopérative. Après avoir évalué les charges, il faut publier le prix d’achat en précisant la structure du prix adopté et en expliquant aux coopérateurs ce qu’ils gagnent après.

Quels sont les bienfaits du CBS pour la structuration et l’organisation des coopératives?

La formation du CBS est à 80% centrée sur le business, c’est-à-dire sur ce qui touche aux services d’affaires. Le reste des modules porte sur la structuration et l’organisation des coopératives.
La formation se déroule en plusieurs phases. D’abord la formation en salle telle que celle faite à Douala. Puis, le suivi sur le terrain des coopératives formées pendant plusieurs mois.
Au terme de cette période, les coopératives bien organisées doivent pouvoir sortir le business plan de leurs services. Notamment les services de base comme l’achat groupé des intrants et la vente groupée des produits. Mais il peut s’agir aussi des services de taille ou phytosanitaires organisés en commun ou les autres services techniques, financiers ou légaux.
La formation CBS est basée sur l’approche participative pour valoriser les savoirs des coopératives. Comme les formations se passent en groupe, les coopératives apprennent entre elles et peuvent modifier leur système de fonctionnement par rapport à ce qui se passe chez les autres.

C’est quoi le contenu de la formation ToT ?

ToT signifie Training of Trainers ou formation des formateurs. La formation que nous avons tenue à Douala pendant deux semaines du 19 au 30 avril 2021 est une formation ToT. Elle réunissait 16 formateurs issus de l’Office National du Cacao et du Café, de Caritas Diocèse d’Obala et des délégations régionales de l’agriculture et du développement rural du Centre et du Sud-Ouest.
Après la formation en salle, les formateurs seront suivis sur le terrain où ils travailleront prioritairement avec les coopératives accompagnées par ProCISA. C’est à la fin du suivi qu’ils recevront la certification comme formateurs des formateurs.

Après les formations, quelle mesure est mise en place pour s’assurer que les bénéficiaires de ces formations vont disséminer la connaissance auprès des coopératives ?

La phase de dissémination des connaissances se passe à deux niveaux: une formation sur place des coopérateurs pendant une semaine sur le contenu des CBS, et leur suivi sur le terrain avec l’appui et la supervision du ProCISA. Tout cela a un timing qui sera respecté.

 

CBS est une bonne formation sur les affaires

Alain Claude Nka, Caritas Obala.

Du 19 au 30 avril 2021, j’étais à l’école des formateurs à l’entrepreneuriat coopératif appelée CBS, une bonne école des affaires.
J’ai encore mieux compris l’intérêt d’acheter les intrants en groupe. On y gagne en quantité, en qualité des produits et en économie d’argent. On gagne aussi à vendre en groupe en imposant le prix à l’acheteur. J’ai hâte de transmettre aux coopératives de ma localité les outils du CBS que j’ai appris.

 

J’ai le devoir de transmettre ce que j’ai appris du CBS

Ernestine Ayuk, MINADER Sud-Ouest.

Je peux dire que je suis désormais une bonne formatrice CBS. En tant que future formatrice, j’ai assimilé comment les coopératives doivent procéder pour améliorer leur business afin d’offrir aux membres les meilleurs services. Dès mon retour dans le Sud-Ouest, j’ai le devoir de recenser les coopératives pour partager avec elles les apprentissages reçus pendant cette formation.

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