Cameroun : Les poules du village ont droit à un bon habitat

Pour mieux se développer et se reproduire, les poules locales ont besoin d’un cadre de vie qui leur assure un minimum de protection contre les ravageurs et les prédateurs. C’est la quintessence de la formation reçue par des éleveurs du Nord-Ouest en fin mai 2022 dans le cadre du projet GIZ-ProCISA.

Dans les villages, les poules sont habituellement larguées en journée dans la nature pour trouver des graines, des herbes et autres déchets à picorer. En soirée, elles sont confinées dans des abris de fortune qui leur servent de cachot.
Lors de la session de formation organisée du 30 mai au 2 juin 2022 par le Projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire (ProCISA) de la GIZ, les éleveurs leaders du Nord-Ouest du Cameroun ont exploré divers types d’habitats pour l’élevage des poules locales.
Les installations du Centre Polyvalent de formation (CPF) de Mbouo à Bandjoun dans la région de l’Ouest, réquisitionnées pour abriter cette session, ont permis aux 30 participants de toucher du doigt et d’apprécier les réalités de l’habitat des poules villageoises.
« Ces leaders paysans sont curieux et dynamiques. Ils posent beaucoup de questions pour en savoir davantage sur l’habitat et la sécurité de leurs poules» déclare Claude Sango, formateur à l’organisation non gouvernementale INADES Formation, partenaire du ProCISA dans le développement de la chaine de valeur poulet villageois au Nord-Ouest.

Sécurité du cheptel

C’est quoi, un bon habitat en aviculture villageoise? «Le bon habitat est tout simplement un cadre dans lequel les poules et les poussins sont épanouis et sont en sécurité» explique Gabriel Tiogang, maitre formateur en bonnes pratiques d’élevage (BPE), consultant pour le ProCISA.
Pour Claude Sango d’INADES Formation, l’intérêt de cette session est d’amener chaque leader paysan formé à utiliser les matériaux locaux en sa disposition pour aménager le bon habitat pour ses poules du village.
En parcourant la ferme du CPF de Mbouo, on voit les poules locales élevées dans la basse-cour, au milieu de laquelle se trouvent des cases en planches et d’autres sur pilotis; le tout entouré d’une haie en matériaux locaux.
Le jardin parsemé de plantes fourragères et médicinales, et des papayers en pleine fructification, s’étend le long des cases. Les petits branchages de l’arbuste planté à l’autre angle, tiennent lieu de perchoir aux poules et aux coqs.
La clôture est ceinturée de l’extérieur par une rangée de plantules épineuses dont le rôle est d’empêcher l’accès des prédateurs tel le serpent dans la basse-cour.
Des cages tôlées avec des mangeoires et abreuvoirs amovibles incrustés, sont dressées sur le site. Les coqs et les poules chantent à l’intérieur.
Pour le chauffage des poussins, des caisses spéciales faites en contre-plaqué, pouvant fonctionner à la lampe électrique ou au four à charbon hermétiquement fermé, sont disposées dans des espaces sécurisés.
En somme, ce n’est pas dans la nature que les poules sont lâchées; mais bien mieux dans un milieu sécurisé où leur sont fournis la nourriture et les éléments naturels dont elles ont besoin pour se développer.

Innovation

Des menuisiers formés par le ProCISA se sont spécialisés dans la conception des habitats en cages vulgarisés auprès des éleveurs. Chacun y va de son originalité.
« Après la formation, je me suis spécialisé dans la fabrication des caisses de chauffage pour poussins du village. A chaque modèle, j’améliore la présentation pour faciliter la vie des poussins. C’est passionnant» affirme Christian Armel Kontchou, menuisier à Bafoussam.

Marie Pauline Voufo

 

Les caisses d’élevage ont des normes
Christian Armel Kontchou, menuisier à Bafoussam.

Comment s’est passée la formation que vous avez reçue du ProCISA?
Je suis menuisier de profession. Mais je ne connaissais pas fabriquer les caisses pour l’élevage. Je le fais depuis quelques années grâce à la formation reçue au ProCISA. Actuellement, je livre aux éleveurs des caisses de chauffage de poussins et des mangeoires pour 1er, 2ème et 3ème âges.

Quelle est la particularité de vos produits?
Les caisses que je fabrique sont modernes. Elles sont munies d’une tirette qui retient les excréments des poules. Avec cet équipement, on peut élever à proximité des maisons sans craindre les odeurs. Il y a même des modèles faits en plusieurs caissons détachables pour faciliter le déplacement.

Que faut-il pour fabriquer une caisse d’élevage?
J’utilise du bois dur et du bois blanc, du contre-plaqué, de la tôle, des pommelles et des cadenas pour fermer les cages. Chacun peut utiliser ce qu’il a autour de lui et l’adapter; à condition de respecter les normes pour mettre la poule à l’aise. Pour cela, il faut se former.

 

Formateurs et éleveurs du Nord-Ouest parlent de l’habitat des poules

Je vais aménager mon site d’élevage
Akumah Sirri Anwi, éleveuse à Nzemabuch par Mankon.

Mes parents ont investi dans le domaine agricole. Nous avons décidé d’étendre nos activités dans l’élevage et je suis responsable de ce volet. L’aviculture villageoise m’a captivée. J’ai trouv quelques races locales que j’élève. Mais le site n’est pas bien aménagé pour le moment. J’ai mieux compris l’importance d’un bon habitat pour le développement de cette activité. Nous avons assez de matériaux locaux pour construire un bon local. Ma famille et moi comptons y gagner de l’argent.

 

Un local pour garder les poules suspectes
Oyeneche Eltazar Azangkoh, éleveur à Alatakoh par Mankon.

J’ai senti le besoin de formation récemment quand une maladie est passée dans ma ferme et a ravagé une bonne partie de mes 200 poules locales que j’élève depuis deux ans.
Le formateur m’a expliqué la cause. En effet, je suis revenu du marché avec des poules invendues et je les ai reversées dans la ferme avec les autres. Quelques jours après, la mortalité a déclenché. Sûrement, un germe a été porté au marché. Désormais, je vais construire un local pour garder les poules suspectes.

 

A chacun d’adapter sa ferme à ses réalités
Afuh Derick, formateur.

J’ai présenté le module habitat aux 15 leaders paysans présents à la formation. Mon objectif était de les amener à comprendre les éléments qui entrent dans l’habitat des poules locales. Ils ont été très réceptifs. Il revient à chacun de les adapter à ses réalités.La ferme du CPF de Mbouo que nous avons visitée a des modèles d’habitat faciles à répliquer. Les matériels utilisés sont disponibles dans le Nord-Ouest.

 

Toujours respecter la direction du vent
Atawah Edeh Amboh, formatrice.

Nous avons insisté sur l’orientation du vent pendant la construction du bâtiment d’élevage. Des modèles de construction ont été présentés. A chaque fois, les éleveurs voient comment les ouvertures du bâtiment sont placées face au vent dans le sens Est-Ouest, afin de faciliter la ventilation de la ferme. Cela est valable même quand on utilise les cages. Dans son positionnement, il faut toujours respecter la direction du vent.

 

Pour réussir, je dois être professionnel
Funwi Numfor Njei, éleveur à Nkwen.

Actuellement, je dispose d’un modeste cheptel de quinze reproducteurs adultes et des poussins en croissance. Je viens de suivre ma première formation en élevage. J’ai beaucoup d’ambitions pour cette activité. Pour réussir, je dois être professionnel. Je vais me construire une bonne cage dans le modèle que j’ai vu ici à la formation.

 

Organiser ma ferme en secteurs
Laureta Panga Ngen, éleveuse à Nkwen.

J’avais plus de 200 poules du village. J’en ai vendu. Je n’ai plus que 70 têtes. Je reconnais que le local n’est pas réglementaire. J’ai beaucoup appris sur les normes de l’habitat.
Le fait d’avoir un logis pour les poules matures, un autre pour les poussins et un autre pour les reproducteurs est très intéressant et pratique. Je vais organiser ma ferme en secteurs.

 

La sécurité est primordiale
Gabriel Tiogang, maitre formateur.

Il faut un habitat aux normes si l’on veut développer et rentabiliser la filière poulet villageois. Au village, les poules vivaient dans un environnement naturel où elles tiraient tout pour leur croissance. Elles n’étaient pas destinées au commerce. Aujourd’hui, tout n’est plus disponible sur place et l’élevage est devenu une source de revenus. Il faut l’organiser dans un espace sécurisé contre les intempéries et les prédateurs. En business, le premier élément où il faut investir c’est la sécurité.

 

3000 éleveurs à former
Emmanuel Sama, INADES Formation Nord-Ouest.

Nous avons recruté 12 formateurs formés par ProCISA. Cette session est leur premier exercice pratique de formation. Ils ont traité de l’habitat des poules avec les 15 leaders paysans du Nord-Ouest. Il y a 7 autres modules qui complètent cette formation. Au terme de leur prestation, 8 seront retenus pour former 80 leaders. Il est attendu que ces derniers forment 3000 éleveurs d’ici la fin de l’année 2022.

Propos recueillis par
Marie Pauline Voufo

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