Cameroun : Lutte contre les maladies et ravageurs de la pomme de terre

Mildiou, pourriture molle ou jambe noire, flétrissement bactérien, maladies virales, teigne et nématodes sont autant d’ennemis redoutables pouvant réduire à néant la production d’un champ de pomme de terre. Des stratégies existent pour les reconnaître et les combattre.

Le mildiou

Causes et manifestations: Le mildiou est une maladie très courante en culture de pomme de terre. Il attaque les feuilles, les tiges et les tubercules. Il se manifeste par l’apparition sur le feuillage de petites taches brunes qui finissent par dessécher. Les tubercules sont généralement atteints de taches noirâtres. L’attaque devient sévère si l’humidité relative est élevée (plus de 90%) et que les températures sont fraîches (moins de 22°C). Le mildiou se propage très rapidement dans le champ. Tout le champ peut être dévasté en une semaine.

Traitement :
Cette maladie peut être contrôlée par des traitements fongiques pour prévenir ou extirper la maladie. Des combinaisons de traitements fongiques existent mais ils doivent être appliqués de façon adéquate.
Le premier traitement se fait avec un fongicide de contact juste après la levée. Le second traitement se fait 2-3 semaines plus tard (environ 40- 45 jours après la plantation) à l’aide d’un fongicide systémique. La dose est variable mais elle est normalement de 3g par litre d’eau (45-50 g/pulvérisateur).
Pour les traitements ultérieurs, utiliser un fongicide de contact à intervalle régulier de deux semaines jusqu’à la maturité des plants sauf quand on observe des symptômes de mildiou. Dans ce cas, il faut utiliser un fongicide systémique.
De manière générale, les variétés peu sensibles au mildiou n’ont pas besoin de plus de deux passages aux fongicides systémiques.
Sur les marchés locaux, on trouve deux grands groupes de fongicides à appliquer contre le mildiou. Le premier groupe comprend des fongicides dits de contact ayant une action limitée à l’extérieur du feuillage. Le second groupe comprend des fongicides dits systémiques, car ils pénètrent la plante pour extirper le mildiou.
Au-delà des traitements chimiques, il existe une solution naturelle préventive: planter des variétés de pommes de terre résistantes ou tolérantes au mildiou.

Le flétrissement bactérien

Causes et manifestations :
La bactériose vasculaire ou flétrissement bactérien attaque la pomme de terre à toutes les étapes de la croissance et de développement et peut causer la perte totale de la production escomptée. Cette maladie se manifeste sur les feuilles et les tiges qui flétrissent faisant penser à un manque d’eau dans le sol.
En coupant un tubercule malade, on peut observer une coloration brune du système vasculaire. A la récolte, les tubercules fortement attaqués présentent un suintement laiteux au niveau des yeux auquel le sol adhère.
Mais tout flétrissement n’est pas causé par cette maladie. Pour la détecter, il suffit d’immerger une petite partie de la tige (collet) d’une plante suspecte de la maladie dans un verre d’eau. Après quelques minutes, les bactéries sortent de la tige et descendent au fond du verre sous forme de fumée blanche.
La maladie se propage d’un champ à l’autre ou d’une plante à une autre par plusieurs voies: semence, eau, racines, sol, outils de travail, bétail et agriculteur.

Traitement :
Cette maladie n’a pas de traitement chimique. Pour mieux contrôler le flétrissement bactérien, il faut combiner les pratiques telles que: planter des tubercules sains sur un terrain indemne de maladie; appliquer la rotation des cultures avec des cultures différentes comme les céréales (de préférence le maïs juste après la pomme de terre); arracher le plant flétri avec les tubercules et le sol; bien nettoyer les outils avant et après usage dans le champ.
Quand on a à faire à une forte incidence de la maladie en champ, il est recommandé de le mettre en rotation longue (plus de 5 ans).

La pourriture molle ou jambe noire

Causes et manifestations :
La pourriture molle ou jambe noire est causée par une bactérie qui a la propriété exclusive de liquéfier un tubercule. Il n’y a aucune autre maladie qui peut le faire. Cela permet de la différencier avec les autres maladies bactériennes.
Les symptômes sur le tubercule commencent par une tache qui grandit et cause la pourriture molle de tout le tubercule. Les tubercules pourrissent aussi bien en champ qu’au stockage. Les conditions d’humidité élevée favorisent le développement de la maladie.
Les symptômes de la jambe noire s’observent au niveau du collet (base) de la plante; les tiges noircissent suite au pourrissement et le plant tombe.

Traitement :
La pourriture molle se contrôle en appliquant l’approche intégrée recommandée contre le flétrissement bactérien.

Les maladies virales

Causes et manifestations:
Les maladies virales sont très difficiles à détecter en champ. C’est quand les rendements baissent sensiblement qu’on en prend conscience. Les plants peuvent paraître sains, surtout quand l’attaque n’est pas sévère.
Il existe plusieurs virus de la pomme de terre, et ce qui est important n’est pas de reconnaître les différents types de virus, mais de pouvoir différencier un plant sain d’un plant malade.
La maladie virale régulièrement rencontrée et qui s’observe facilement en champ est le virus de l’enroulement. Les folioles s’enroulent vers le haut et deviennent dures et cassantes au toucher.
Les attaques virales entraînent la production de très petits tubercules et la réduction sensible du rendement. Malheureusement, les agriculteurs aiment conserver les petits tubercules comme semence alors que ce calibre peut être le résultat d’une forte attaque de virus.

Traitement :
On peut contrôler efficacement les viroses en combinant les pratiques suivantes:
– Utiliser des semences certifiées.
– Lutter contre les insectes transmetteurs de la maladie tels que les pucerons ou mouche blanche.
– Utiliser des variétés peu sensibles comme Cipira, Diamant, Mondial, Nafida, Servane ou Soleia.
– Arracher et détruire toute plante qui peut servir d’hôte ou perchoir aux vecteurs ou virus.
– Utiliser les insecticides appropriés pour tuer les pucerons qui transmettent les maladies.

La teigne de la pomme de terre

Causes et manifestations:
Généralement, la teigne attaque la pomme de terre en champ, mais les dégâts s’observent surtout au hangar. Les larves pénètrent les tubercules par les yeux et creusent des galléries. La teigne se multiplie au hangar et peut occasionner d’énormes pertes post-récolte. Les excréments des larves s’observent à la surface des tubercules et parfois, les tubercules deviennent durs au toucher.

Traitement :
Les pratiques suivantes permettent de lutter contre la teigne:
– Faire la rotation culturale.
– Éviter de planter sur un sol trop léger ou trop meuble.
– Bien planter en profondeur (10-15 cm) et faire un bon buttage.
– Traiter le champ avec un insecticide approprié. Le premier traitement a lieu après la levée. Les traitements ultérieurs se font à intervalle régulier de 2-3 semaines. Il est plus économique de combiner les traitements fongicides avec l’application des insecticides.
– Planter les plantes répulsives comme le lantonier au pourtour du hangar.
– Faire le tri des tubercules afin d’éliminer tout tubercule qui présente des signes de présence de ce ravageur.
– Ne pas couvrir les caisses de pomme de terre récoltées par les fanes.
– Désinfecter le hangar avec un insecticide homologué avant la conservation de la pomme de terre.

Les nématodes

Causes et manifestations :
Il existe deux types de nématodes: nématodes à kyste et nématodes à galle. Les nématodes à galle sont les plus répandus dans le monde. Les tubercules attaqués présentent des déformations. Ils deviennent donc peu attractifs sur le marché. Les plaies des racines occasionnées par les nématodes deviennent des portes d’entrée aux bactéries.
S’agissant des nématodes à kyste, ils entraînent une faible croissance de la plante qui devient naine. Elle peut jaunir et montrer des signes de flétrissement. A la longue, les tubercules diminuent de taille provoquant une forte réduction du rendement.

Traitement :
La meilleure stratégie consiste à prévenir l’arrivée des nématodes dans le champ, car ils sont difficiles à éradiquer.
Les tubercules contenant des nématodes se mangent sans aucun problème sanitaire. Par contre, il ne faut pas les conserver comme semence, car les nématodes vont se retrouver dans les nouveaux champs de pomme de terre.
Une lutte efficace contre les nématodes consiste à: planter sur un terrain indemne de nématodes, utiliser des semences saines, allonger la période de rotation allant jusqu’à 5 ans si les nématodes sont détectés dans le champ, utiliser des variétés peu sensibles aux nématodes comme Amyla, Arsenal, Sinora, Soleia, Cipira.

Source : Bonnes pratiques agricoles de production de pomme de terre de consommation au Cameroun – GIZ/ProCISA (Novembre 2018)

Briser le triangle de la maladie
3 questions à l’agronome Ruth Oum, Conseiller technique Pomme de terre au ProCISA,
permettent de comprendre les 3 éléments déclencheurs de la maladie.

Qu’est ce qui rend la pomme de terre sensible aux parasites?
La pomme de terre tout comme les autres cultures est attaquée par plusieurs maladies et ravageurs. Pour qu’une maladie apparaisse dans une plantation au point d’y causer des dégâts, il faudrait que trois conditions préalables soient réunies: présence de l’organisme responsable de la maladie, présence de la plante hôte qui héberge l’agent responsable de la maladie, et enfin les conditions de l’environnement, notamment l’humidité et la température qui peuvent favoriser le développement de l’agent pathogène ou parasite. L’interaction entre ces trois facteurs est appelée dans le jargon agronomique, triangle de la maladie.
Néanmoins, un pathogène peut rester dans la plante ou dans le tubercule sans montrer les symptômes. Dans ce cas, on parle de la latence. Mais une fois que les conditions sont favorables pour son développement, la maladie peut ainsi se manifester. Le pathogène peut également être présent dans le milieu mais en l’absence de la plante hôte, il ne se multiplie pas.

Quels sont les plus grands ennemis de la pomme de terre?
La pomme de terre en champ est attaquée par plusieurs maladies et ravageurs qu’il importe de traiter à temps. On distingue principalement: le mildiou, le flétrissement bactérien, la pourriture molle, les maladies virales, la teigne et les nématodes.

Est-ce possible de prévenir les attaques des parasites de manière naturelle?
Il convient de préciser que la sévérité des attaques dépend de l’interaction qui existe entre les trois éléments du triangle de la maladie. A la vue de ce triangle, il est effectivement possible de prévenir certaines attaques de manière naturelle. Certaines maladies ne peuvent d’ailleurs être contrôlées que par l’utilisation des méthodes naturelles à travers des opérations de prévention:
– Respecter le calendrier cultural.
– Pratiquer la rotation.
– Planter les variétés tolérantes ou résistantes.
– Planter la pomme de terre sur un terrain qui n’a pas comme précédent cultural la pomme de terre ou les espèces de la même famille que la pomme de terre.
– Faire la surveillance sanitaire qui consiste à effectuer des visites fréquentes dans la plantation. En cas d’attaque sur un plant, l’arracher et le détruire.

Propos recueillis par
Marie Pauline Voufo

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