Cameroun : Nafissa Hamidou, la jeune femme de 33 ans qui produit l’aliment de bétail au Niger

Nafissa bouscule les codes au Niger. Sa rage de réussir lui vaut une entreprise spécialisée dans la fabrication de l’aliment pour bétail.

Ses voyages d’affaires à travers le monde, elle n’en dénombre plus. Après les Etats-Unis, l’Indonésie, l’Espagne, le Maroc, le Sénégal, le Ghana, le Mali, le Togo, le Burkina Faso, le Rwanda, c’est autour du Cameroun de bénéficier de l’expertise de Nafissa Hamidou Abdoulaye. C’est lors d’une visite guidée au sein du Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) que nous avons pu grignoter quelques minutes à l’agenda très surchargé de cette dame au sourire radieux.
Nafissa est la seule femme productrice d’aliments pour bétail au Niger. Basée à Niamey, son entreprise dénommée Salma a su faire d’elle une véritable référence dans toute l’Afrique de l’Ouest. Jusqu’à lors la chasse gardée des hommes, la production d’aliments de qualité pour petits et gros ruminants n’a plus de secret pour cette dame au regard vif. Facile à aborder, sa gestuelle traduit sa sympathie et son humilité. Son expérience, elle n’a pas peur de la partager.

Ma mère, ma force
Issue d’une famille peulh d’éleveurs, Nafissa voit le jour en 1986. Seule fille d’une fratrie de cinq, elle fait ses premiers pas sous le regard attentionné de sa mère. Son père, ingénieur télécom se remarie quelques années plus tard. «Il a couence pour implorer son aide. L’ingénieur télécom prend juste en charge les frais de scolarité, et sa mère, le reste.
La jeune fille alors âgée de 16 ans met la main à la pâte. Elle rejoint sa mère dans la vente d’eau glacée et fait tripler les ventes. Elle ira jusqu’à obtenir un diplôme d’Etat de technicien supérieur en santé public, option épidémiologie bio statistique en 2009. «Chaque diplôme était une victoire. Je voulais montrer à mon père et à mon entourage qu’une fille peut aller loin avec les études et être indépendante», lâche Nafissa avec poigne.
Grâce à ses diplômes, Nafissa, commence à exceller à 19 ans dans certaines ONG basées à Niamey. «Mon tout premier salaire comme bénévole dans une ONG s’élevait à plus de 300.000F Cfa. Ma mère avait de quoi retrouver le sourire après l’abandon de son mari», se rappelle-t-elle.

Ma passion, l’élevage
La collaboration de Nafissa avec ces différentes ONG lui permettent de soutenir un Master II en gestion des projets de développement en 2012 et un autre en leadership et empowerment des femmes dans les projets de développement grâce à la fondation espagnole Mujeres. Ce dernier «trophée» lui permet ainsi d’officier comme conseillère en genre au «collège des jeunes filles» au sein de la plateforme paysanne du Niger. Structure qui lui permettra de découvrir qu’un problème de production d’aliments pour bétail se pose avec acuité.
Nafissa court le risque. Elle quitte la plateforme paysanne et se consacre corps et âme à son nouveau projet en 2014. Avec 800.000 FCFA dans son compte bancaire, cette dernière retire 750.000 FCFA pour se payer sa toute première broyeuse. C’est sur une superficie de 300m2 qu’elle lance son usine de transformation. L’activité connait un franc succès. Elle aménage plus tard sur 400m2 pour fixer sa seconde broyeuse de 7m de long. «Les banques qui rechignaient à subventionner mon activité de ce qu’elle serait non rentable, ne cessent de me faire la cour à présent», se félicite-t-elle.
Lauréate en 2016 du prix jeunesse francophone des moins de 35 ans, Nafissa Hamidou Abdoulaye se veut un modèle pour la jeune fille nigérienne. Dans un contexte où celle-ci n’a de place qu’à la cuisine, Nafissa l’invite à lever le voile et à oser.

Sonia Omboudou

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