Cameroun : Un plan de surveillance digitale des maladies du manioc

La mosaïque africaine, principale cause de la baisse des rendements du manioc au Cameroun, sera suivie par téléphone. De même que d’autres maladies virales, bactériennes et fongiques qui sévissent dans les champs. La recherche agricole en appelle à une surveillance participative.

Pour présenter le plan de surveillance participative des maladies virales du manioc au Cameroun, le programme WAVE, entendu ‘‘Central and West African Virus Epidemiology’’ logé à l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), a tenu une rencontre le 22 juin 2022 au siège de l’Institut à Nkolbisson Yaoundé, en présence des parties prenantes de la filière, dont les représentants de coopératives agricoles.

La rencontre présidée par Dr Noé Woin, Directeur Général de l’IRAD, a mis en lumière le dispositif d’épidémio-surveillance initié par WAVE, dans lequel plusieurs actions sont planifiées en champ et avec une approche digitale.

Application intelligente NURU

WAVE annonce pour bientôt l’usage de l’application PlantVillage NURU par des producteurs et des encadreurs, pour avoir des informations en temps réel sur la santé de leur manioc dans le champ. « NURU est une application numérique intelligente, l’une des meilleures développées pour l’observation des plantes. Elle a été conçue aux Etats-Unis par l’Université d’Etat de Pennsylvanie. Téléchargeable sur téléphone, elle permet de faire des photos du manioc et de recevoir aussitôt son diagnostic et le nom de la maladie qui y est présente» explique Dr Oumar Doungous, chef du Laboratoire de biotechnologie à l’IRAD et Directeur du programme WAVE au Cameroun.

L’approche de surveillance participative promue par le programme vise à avoir plusieurs sources d’information provenant des acteurs dans diverses régions pour une meilleure intervention. Contre la mosaïque du manioc appelée ‘‘CMD’’ (Cassava mosaic disease) qui décime 40% à 70% des tubercules, l’IRAD a développé des variétés de manioc résistantes ou tolérantes.

Mais contre la maladie de la striure brune du manioc ou ‘‘CBSD’’ (Cassava brown streak disease) qui sévit actuellement en Afrique de l’Est, détruisant 90%, voire 100% de la production, la recherche agricole n’a pas encore de solution autre que l’abandon des parcelles et des localités touchées. Identifiée en Tanzanie en 1936, la CBSD a été repérée récemment en République Démocratique du Congo (RDC).

Le programme WAVE prévoit de densifier le dispositif de surveillance dans l’Adamaoua et à l’Est du Cameroun, régions voisines de la Centrafrique qui est limitrophe de la RDC. Prévenir vaut mieux que guérir.

Marie Pauline Voufo

 

50  téléphones pour veiller sur le manioc
Dr Oumar Doungous, Directeur Pays, WAVE Cameroun

Nous prévoyons mettre en service 50 téléphones équipés de l’application NURU pour assurer la veille dans les zones de production du manioc. Nous aimerions qu’à terme, les producteurs ne plantent que les boutures saines, pour avoir un bon rendement. En Afrique, le rendement du manioc est de 9t/ha alors qu’en Asie, c’est 22t/ha. L’objectif de WAVE est de contribuer à l’accroissement de la production du manioc très consommé par les Africains. Lancé au Cameroun en 2019 et dans deux autres pays pour sa deuxième phase de 4 ans, WAVE a démarré en 2015 dans 7 pays africains. Le siège Afrique qu’abrite l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) d’Abidjan en Côte d’Ivoire couvre 10 pays. Pour mener ses activités, le programme bénéficie du financement de la Fondation Bill et Melinda Gates et The United Kingdom Foreign Commonwealth and Development Office, ancien DFID au Royaume-Uni.

 

Former les paysans à détecter la mosaïque
Suzanne Nké, présidente du Réseau national des multiplicateurs de boutures de manioc et
des semences d’ignames du Cameroun (RENAMUSIM-CAM), Lobo, Lékié.

Dès que le virus de la mosaïque touche le manioc local qui est très bon à manger, il n’y a plus de production.

Nous avons expérimenté avec succès les variétés améliorées de manioc 8061 et 8017 développées par l’IRAD. Elles sont résistantes à la mosaïque. Mais puisqu’elles datent des années 1980, nous pensons qu’elles ont besoin d’un toilettage variétal. Il faut continuer à développer de nouvelles variétés qui tolèrent cette maladie.WAVE doit continuer à former les producteurs qui ne savent pas encore comment détecter la mosaïque dans leur champ.

 

Il faut sensibiliser sur les bonnes pratiques
Hélène Minsili ‘‘Mama Douala’’, productrice et transformatrice de manioc à Nkolbibanda, Mefou et Afamba.

Nous avons utilisé le Tithonia appelé fleur jalousie, comme fertilisant et insectifuge sur le manioc. Les résultats sont très bons en termes de protection de la plante et de rendement en tubercules. Le programme WAVE devrait nous appuyer dans la mise en place de champs école où les productrices et producteurs de manioc viendront apprendre comment produire du bon matériel végétal. Et comment entretenir son champ de manioc par des bonnes pratiques culturales.

 

Ne plantez plus les fruitiers à côté du manioc
George Mbanda, président de la Plateforme manioc Cameroun/CEMAC.

Etant donné que la mouche blanche est le vecteur de la mosaïque, nous conseillons aux paysans de ne pas

planter les arbres fruitiers comme les manguiers et les agrumes dans leur champ de manioc. Quand les producteurs seront bien sensibilisés sur les différentes maladies et comment les éviter, ça réduira considérablement les pertes de la production. Notre plateforme est présente dans 301 sur 360 arrondissements au Cameroun. Nous sommes prêts à collaborer pour que les informations aillent le plus loin possible.

Propos recueillis par
Marie Pauline Voufo

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