Cameroun : Une vocation : éleveuse de poulets villageois

A Gada-Mabanga par Ngaoundéré dans l’Adamoua, la cour de Rachel Koene grouille de poules et de poussins villageois. Retour sur le parcours exceptionnel de cette femme qui, grâce aux multiples formations reçues depuis 2021 dans le cadre du projet ProCISA, s’épanouit tant au niveau professionnel, que familial.

A 42 ans révolus, Rachel Koene Epouse Zola est une mère de 6 enfants en bas âge, qui a trouvé en l’élevage du poulet villageois, l’activité qu’elle peut aisément pratiquer tout en dégageant du temps pour continuer son travail de couturière.

Chez elle, dans le Mayo Tsanaga dans l’Extrême-Nord d’où elle est originaire, avoir 2 à 3 poules à entretenir à la maison est une pratique culturelle. C’est ainsi que depuis sa plus tendre enfance, elle a toujours eu à élever des poules. Mais depuis sa rencontre avec les acteurs du Projet Centres d’Innovations Vertes pour le Secteur Agro-alimentaire (ProCISA), il y a deux ans et demi, sa manière d’élever a considérablement évolué.

« Avant de prendre contact avec ProCISA, elle disposait de 4 poulets villageois dont 1 coq, 2 poules et 2 poussins. Elle n’avait aucun équipement et ne maitrisait pas l’itinéraire technique de l’élevage des poulets villageois. » Témoigne Guy Francis Kouyem, Chef d’Antenne ProCISA dans l’Adamaoua.

Aujourd’hui en 2023, pas moins de 30 poules et coqs gambadent chez Rachel. Elle affirme : « Mon local devient étroit pour garder davantage de volailles. Je suis obligée de vendre les poules et les poussins afin de libérer de l’espace pour les nouveaux poussins.»
Elle produit constamment les poussins grâce à son incubateur de 500 œufs à couver acheté sur fonds propres grâce aux recettes générées de sa vente des poules. Le groupe électrogène qu’elle a acquis lui permet de faire fonctionner l’incubateur et la caisse de chauffage des poussins lors des moments de coupure d’électricité, très fréquents à Ngaoundéré.

La persévérance : clé de sa réussite

Femme épanouie dans son activité, elle reconnaît néanmoins que le chemin de la réussite est parsemé d’embûches. Elle confie : « Après notre formation en bonnes pratiques d’élevage du poulet villageois par ProCISA, nous avons essayé de mettre en place un groupe des bénéficiaires de cette formation. Certaines personnes pensaient que la GIZ allait nous apporter des appuis financiers pour élever. Mais quand elles se sont rendu compte que ce n’était pas le cas, elles ont quitté le groupe et d’autres se sont découragées. Mais moi j’ai persévéré, et décidé qu’avec ou sans aide, je dois travailler pour mon intérêt. »
A force de persévérance, Rachel Koene a fini par tirer son épingle du jeu. « J’avais beaucoup de pertes dues à la non-maîtrise de l’élevage. Je ne savais pas comment vacciner les poules, ni comment les nourrir, elles mourraient. Je ne connaissais pas non plus comment les sécuriser, dès qu’elles étaient dehors, les éperviers les capturaient et parfois les voleurs. » Affirme-t-elle. Ces contraintes ont été levées pendant les formations organisées par ProCISA, au cours de laquelle les apprenants ont été édifiés sur l’alimentation des poules à base des asticots et des termites, ainsi que la combinaison des feuilles de moringa et de ndolé pour les soins préventifs des poules du village.

Plus qu’une avicultrice, Rachel est devenue formatrice en élevage du poulet villageois à Gada-Mabanga. « Les cris des poulets chez moi attirent les clients. Certains viennent pour acheter, et d’autres pour demander des conseils en élevage. Je suis contente chaque fois que des clients reviennent me dire que les poussins achetés chez moi ont grandi et ont commencé à pondre. C’est intéressant d’aider les autres à s’investir dans cette activité. » Dit-elle. La demande de poulets villageois est plus forte que l’offre sur le marché. D’ailleurs, les poulets de Rachel Koene arrivent rarement sur la place du marché, ils sont achetés généralement à la maison.

Un poulailler plus important

Rachel Koene a des perspectives : « Je souhaite agrandir mon poulailler pour conserver les poules en plus grande quantité et ne plus les vendre systématiquement par manque d’espace. J’aspire ouvrir une boutique de vente des poulets villageois au marché de Ngaoundéré. »
Le responsable du ProCISA Adamaoua salue l’engagement de son apprenante : « Au regard de son évolution et surtout de sa motivation, elle est autonome. Les équipements et petits matériels d’élevage présents dans son exploitation sont le fruit de ses efforts personnels. Contrairement à certains producteurs que nous accompagnons, Mme Koene n’a reçu aucun matériel du ProCISA. Son niveau d’équipement pour son activité d’élevage des poulets villageois est impressionnant. ».
Aussi, souligne-t-il qu’un appui financier ou matériel contribuerait grandement à un meilleur développement de l’exploitation de Rachel Koene.

Marie Pauline Voufo

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