Cameroun : L’agroécologie en 10 questions-réponses

Si on demandait plutôt ce qu’elle n’est pas? L’agroécologie n’est pas synonyme d’agriculture naturelle ou traditionnelle.

L’agroécologie consiste à planter et à laisser la nature se battre pour faire croître et développer la plante, ou à jeter un animal dans la basse-cour et le laisser grandir par la force de la providence.

En agroécologie on travaille, on bosse dur pour avoir le résultat. De la mise en place de la parcelle à la récolte, en passant par le choix des semences, l’entretien de la plantation et le traitement des récoltes, tout est fait minutieusement, en utilisant au mieux des intrants naturels. Quand le sol se trouve nourri et bien reconstitué, il donne de bons fruits pendant plusieurs campagnes.

 Vu ainsi, l’agroécologie est un ensemble de pratiques agricoles qui prône l’utilisation des éléments disponibles dans la nature pour développer la production agropastorale de manière durable.

  1. Pourquoi parler d’agroécologie maintenant?

Parce que les temps sont durs, le climat capricieux, l’eau devient une ressource rare, les sols sont acides, infertiles et les terres arables sont prises d’assaut par les plus offrants. Les semences paysannes sont menacées d’extinction. La santé des producteurs et des consommateurs prend de mauvais coups. Il faut faire l’agriculture autrement.

Comme alternative, les spécialistes parlent de l’agroécologie depuis au moins 1990. Et si l’on remonte plus loin, c’est dans les années 1980 que l’approche agroécologique intéresse les scientifiques. Ils étaient restés longtemps accrochés à l’agriculture intensive à forts apports externes, conséquence logique de la révolution industrielle.

Maintenant que face aux défis de la sécurité alimentaire, apparaissent au grand jour les limites de cette approche intensive, on convient qu’il faut repenser l’agriculture. L’agroécologie en est une option.

  1. Qui peut faire l’agroécologie?

Petites et grandes exploitations peuvent faire l’agro écologie. Les pratiques agro écologiques s’étendent sur toute la chaîne de valeur agricole, du cycle de production à la récolte, y compris la transformation, la conservation et même la commercialisation.

Mais l’agroécologie est davantage propice à l’agriculture familiale. Les petits producteurs, c’est-à-dire 90% des agriculteurs camerounais, y trouveraient un bon terrain d’expression. Les surfaces cultivées étant peu vastes, les travaux manuels s’y font aisément.

Les grandes exploitations agropastorales elles-aussi, peuvent intégrer des pratiques agroécologiques dans certains de leurs opérations afin d’optimiser leur production et limiter la dégradation des sols et de l’environnement.

En matière de santé, petits et grands agriculteurs veulent la même chose, être protégés dans leurs lieux de travail. De même, grands et petits consommateurs ont besoin de manger sain. L’agro écologie concourt à tout cela.

  1. L’agro écologie exclut-elle l’utilisation des intrants chimiques?

Les praticiens de l’agro écologie recommandent aux agriculteurs qui utilisent depuis longtemps des intrants chimiques dans leur exploitation de ne pas arrêter brusquement leur usage. Plutôt, ils conseillent de diminuer les quantités utilisées en les équilibrant avec des substances naturelles; ceci progressivement au fil des campagnes agricoles jusqu’à élimination complète du chimique.

Après combien de campagnes agricoles faudra-t-il arrêter avec l’intrant chimique? Il n’y a pas une période fixe; le temps de reconstitution varie d’une terre à une autre. Il faut lire le résultat sur le comportement de la plante en champ. En effet, un sol bien reconstitué nourrit bien la plante, qui par conséquent produit mieux.

Quant aux nouvelles plantations, elles peuvent être mises en valeur de manière exclusivement écologique avec les intrants naturels. En agroécologie, on n’exploite pas le sol, on le gère durablement.

  1. Comment assurer la fertilisation et lutter contre les parasites et les maladies en agro écologie?

Des solutions classiques de fertilisation existent: l’utilisation du compost, du fumier ou des déjections animales et des haies de plantes aux propriétés fertilisantes. Des bio-fertilisants mycorhiziens fabriqués à base des champignons mycorhiziens sont disponibles auprès des vendeurs d’intrants naturels au Cameroun. Ils permettent aussi de reconstituer des sols qui ont subi des chocs de l’agriculture sur brûlis ou de l’agriculture hyper intensive. (cf. La Voix Du Paysan n° 312 de mai 2017, qui a titré sur les mychorizes)

Contre les parasites et les maladies des plantes, les agroécologistes prônent la lutte naturelle préventive. Il ne faut pas attendre une attaque de parasite ou de maladie pour intervenir. Pour prévenir les piqûres d’insectes vecteurs de maladies, plusieurs solutions naturelles sont préconisées, parmi lesquelles la solution de piment, feuilles de papayer et de neem aspergée sur les jeunes plantes.

Le biocontrôle, qui consiste à produire ou à importer des prédateurs  de certains insectes en champ, est encore embryonnaire, mais fait progressivement son chemin.

  1. Comment obtenir les semences en agroécologie?

La question des semences est cruciale. Si cruciale qu’elle est à elle-seule suffisante pour susciter l’avènement de l’agroécologie. L’agroécologie promeut l’utilisation des semences paysannes, ces semences qui peuvent être prélevées dans la production familiale. Elle exclut l’utilisation des semences brevetées ou contenant des organismes génétiquement modifiées (Ogm). En cas de manque ou d’insuffisance de semences paysannes, l’utilisation des semences améliorées ou certifiées vendues sur les marchés est permise. Pourvu que leur mise en valeur accepte les pratiques agroécologiques sans restriction.

  1. L’agroécologie  s’applique-t-elle aussi à l’élevage?

En agroécologie, les activités agricoles et d’élevage se font ensemble et se complètent. C’est un système intégré. Dans ce cycle, les animaux consomment les produits du champ et donnent leurs déjections pour le champ, ainsi que leur viande pour la consommation familiale et le marché.

Au Cameroun, en dehors de la filière poulets de chair et des pondeuses, les autres petits élevages sont essentiellement extensifs et agroécologiques.

Cependant, même en élevage de poulets, bien que les poussins soient issus de l’industrie, des formules de prise en charge biologique existent et sont enseignées dans des centres de formation agropastorale.

  1. Quelle différence y a-t-il entre l’agroécologie et l’agriculture biologique?

Bien que ce soient deux systèmes durables, il y a une différence de forme et non de fond entre l’agroécologie et l’agriculture biologique. Cette différence réside au niveau des normes et du cahier de charges auquel est soumise l’agriculture biologique. Pour être reconnu biologique, un produit doit obtenir une certification officielle émise par des structures techniques reconnues dans le domaine. Car l’appellation «bio» est protégée à l’international.

Par contre sur le fond, les produits issus de l’agroécologie pure et dure sont identiques aux produits biologiques. Sauf que l’agroécologie n’a pas de contraintes ni de coûts liés à la certification. C’est pour cela qu’elle sied bien aux agriculteurs familiaux.

  1. L’agroécologie est-elle rentable?

Si l’agriculture bien faite est productive et rentable, l’agroécologie bien faite est aussi productive et rentable. Car, l’agroécologie c’est l’agriculture, c’est l’élevage, c’est même la transformation et la commercialisation.

La crainte des mauvais rendements qui hante souvent les producteurs, est très vite évacuée par le respect des bonnes pratiques culturales agroécologiques. Grâce aux pratiques innovantes le paysan produit lui-même certains intrants ou les tire de son environnement, sans dépenser un sou. C’est de l’économie. Des groupes d’agriculteurs de l’Extrême-Nord et de l’Ouest du Cameroun ont des expériences à partager cet effet.

Sur le marché, les producteurs de cette niche s’organisent peu à peu pour faire valoir la qualité de leurs produits. D’où l’intérêt de la commercialisation groupée. Le marché «samedi vert» lancé tout récemment par le Centre polyvalent de formation de Mbouo par Bandjoun et la foire aux produits bio promue par le Groupement d’appui pour le développement durable de Dschang (GADD) sont des initiatives naissantes et prometteuses.

Entre les prix de vente des produits conventionnels et ceux de l’agroécologie, la différence va de 50 Fcfa à 100 Fcfa. Du pain béni pour de nombreux consommateurs camerounais qui sont de plus en plus  regardants sur la qualité de ce qu’ils mangent.

  1. Chaque médaille ayant son revers, quels sont les avantages et les inconvénients de l’agroécologie?

Le travail peut-il être considéré comme un inconvénient? Si tel est le cas, les retombées de l’agroécologie viennent au bout d’un travail de longue haleine et de patience. Les raccourcis faciles et abordables au détriment des pratiques agricoles durables y sont déconseillés.

Parmi les avantages de l’agroécologie, on cite logiquement la préservation des écosystèmes, et de l’environnement, la protection de la santé du producteur et du consommateur, sans oublier les économies réalisées sur l’utilisation des intrants naturels.

L’agroécologie offre par ailleurs un gisement d’emplois dans le sens où peu de tâches y sont mécanisées. On cite enfin la réduction des conflits agropastoraux et sociaux dus à la  transhumance de personnes en quête de terres fertiles.

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